Ma tendresse,
Le temps est comme mon humeur, morose et triste, mais mes larmes, je n'en fais pas profiter les autres alors que les nuages prennent plaisir à le faire savoir. Alors, je vaque à des occupations internes, mais quand Marion est couchée, je n'aime pas passer toutes mes soirées à regarder la télévision avec tous ses programmes débilisant à souhait ou les films vus et revus qui n'en ont plus de couleurs à force d'être passés sur le petit écran. Alors, je vaque aux occupations de la maison, entre ménage et repassage, entre vaisselle et lavage, entre couture et rangement, une vraie petite fée du logis. Et lorsque tout cela est fini, je remue les souvenirs...
Dans les souvenirs, dans une petite boîte bien rangée dans tes affaires, une petite protection de coton et sous cette protection, une bague, mais pas n'importe quelle bague, notre première bague, dans tous les sens du terme... Oui, cette bague qui t'avait fait craquer, cette bague toute simple, aux couleurs chatoyantes qui avait attiré ton regard, cette bague que tu ne quittais jamais la journée, que tu étais fière d'arborer à ton doigt, avant que je ne fasse la demande de ta main en t'offrant ta bague de fiançailles, cette bague qui représentait beaucoup pour toi, que nous avions vu dans une boutique dans laquelle nous étions venus pour acheter autre chose, cette bague en perles de Swarovski que je t'avais assemblée...
Oui, tu avais fondu devant la bague, enfin, la photo de la bague, nous étions chez Cultura pour se trouver un DVD pour le soir, et en parcourant les allées, tu t'étais arrêtée devant ce petit sachet, si petit, si léger, mais qui allait m'occuper un bon moment de la journée... C'est vrai, ton regard de biche et ton insistance sur mon bras me firent accéder à ta doléance, de confectionner ce petit anneau de fils et de pierres de mes propres mains. Je ne savais pas encore ce qui m'attendait. Elle était belle sur la photo, mais pour un néophyte comme moi, toute la difficulté était qu'il fallait que le résultat final soit proche de la réalité. Je n'étais déjà pas doué pour monter les petits jouets d'un kinder, mais en plus, il fallait que j'en réalise un pour le mettre à son doigt toute la journée...
Comme tu ne faisais jamais dans la facilité, il a fallu que tu me prennes une bague un peu plus complexe que la normale, pas juste avec du fil et des pierres, mais également des morceaux de ferrailles qu'il me faudrait tordre pour leur donner vie. Ce jour-là, j'aurais mieux fait de rester couché. Et c'est ce que tu fis en allant t'allonger pendant que je m'escrimais à ne pas perdre de pierre et à ne pas me retrouver les doigts attachés avec le fil. Comprendre le plan n'était pas une mince affaire, le fil passait et repassait cent fois dans le même petit trou prévu pour deux passages! Les concepteurs de ces plans n'ont jamais dû assembler une seule de leur création, ce n'est pas possible autrement.
Je pestais après toi, j'essayais de tordre les petits morceaux de ferrailles, mais cela ne ressemblait pas à la photo, loin de là, j'avais plus de chance que l'objet final soit une compression de César plutôt qu'une bague! Et je ne devais pas appuyer fort, les pierres étaient si fragiles, le moindre coup et elles se fêlaient. J'ai réussi à faire les anneaux avec les bouts de fer, mais j'avais oublié de mettre certaines pierres... Faire et défaire, c'est toujours faire, mais au bout d'une heure, je n'avais toujours pas entamer le passage du fil. A ce rythme là, tu pouvais avoir ta bague pour l'année suivante! J'ai longuement hésité à aller chercher de la glu pour coller tous les morceaux ensemble, mais tu n'aurais pas apprécié que j'abandonne devant le premier obstacle.
C'était en quelque sorte une répétition miniature de ce que pourrait être notre vie, des pierres sur notre parcours semé d'embûche, un fil d'Ariane à suivre pour ne pas se perdre en chemin, des boucles pour resserrer nos liens, un assemblage de deux vies pour n'en faire qu'une, et il fallait que ce soit solide, pas instable, pas prêt à se couper à la moindre anicroche. Il me fallait du doigté, de la patience, réfléchir pour éluder les problèmes, ne pas chercher à insister si cela bloquait ou si je m'étais trompé, si j'avais tort, mais au contraire, chercher une solution pour résoudre ce blocage, assumer mon erreur pour ne plus la refaire. Et m'appliquer à faire de mon mieux pour que tu sois heureuse...
Et tu le fus lorsqu'à ton réveil, tu découvris à côté de toi cette jolie bague, la même que sur la photo. Tu l'as mise à ton doigt, le diamètre était parfait, elle se glissait pour trouver sa place, comme si elle avait été faite pour toi... Ton ravissement et ton étreinte de remerciement, je m'en souviens encore alors que je tiens cette bague dans la main, si belle, si fragile, comme tu l'étais pour moi... Ma main tremble en la tenant, il y a tant de souvenirs et d'images qui sont liés et qui se dégagent de cette bague, notre bague, mon amour... Tout cela est à jamais gravé dans ma mémoire. Mais rien ne te remplacera, mon amour, je voudrais tellement te faire de nouvelles bagues et te dire que je t'aime à longueur de journée... Tu me manques...
Ton Ptit Caillou