Mon trésor,
Je pleure. Mon corps se vide de mon eau, et je n’arrive pas à couper le robinet de mes larmes. Marion est couchée, elle dort, notre pauvre puce qui n’a pas eu le bonheur de te connaître. Elle ne peut me voir dans l’état où je suis, et heureusement, car je ne voudrais pas lui faire peur, quand elle voit quelqu’un pleurer, comme un autre enfant, elle a tendance à en faire de même, pauvre petite puce, et ses yeux ne sont pas faits pour pleurer, mais pour pétiller de vie. Alors que ce soir, je pleure… Je pourrais remplir cette bouteille, mais la lettre que j’y glisserais deviendrait illisible, elle flotterait dans autant d’eau dehors que dedans, et l’encre dessinerait des tests de rorschach que tu risquerais de mal interpréter.
Mais j’ai envie de pleurer, alors je te l’écris, tout en prenant soin de ne pas trop mouiller le papier, je m’éloigne quand une larme a fini de parcourir le chemin qui la mène de mes yeux à mon menton en passant par mes joues. A cette allure, je finirais par avoir un sillon creusé dans chacune de mes joues. Mais je n’arrive pas à infléchir cette envie de pleurer ce soir, comme si les larmes de mon corps voulaient s’exprimer ensemble. Si mes larmes sont une image de mes souvenirs avec toi, le torrent ne pourra jamais s’arrêter, et ce n’est pas un petit ru, mais une cascade digne des chutes du Niagara qui s’écoulerait. Combien de nuit ai-je passé à noyer mon oreiller sous le fleuve de ma détresse ? Combien de fois ai-je eu les yeux d’un lapin atteint de myxomatose le matin après une nuit blanche larmoyante ?
Je pourrais me mettre au pied d’un des rosiers du jardin et laisser les larmes de l’amour inondé les pieds afin que les bourgeons qui naîtront resplendissent de la beauté de notre amour. Je pourrais conserver toutes mes larmes dans des bouteilles et les dater, afin de les conserver dans un lieu secret, le coffre-fort de notre amour, en faire un lieu de pèlerinage avec tous nos souvenirs, toutes tes photos, tous ces morceaux de toi, de nous. Je sais que les jours qui passent me rapprochent de la date anniversaire de notre séparation provisoire, la date de ton départ vers demain, c’est peut-être pour cela que je ne peux contrôler ce soir cette hémorragie oculaire qui me fait trembler de tout mon être. Je pleure comme un enfant à qui on a pris son jouet, je pleure comme un mari à qui on a pris sa promise, je pleure comme un amant à qui on a pris la fleur de son existence, je pleure comme un Papa à qui on a pris la Maman de son enfant…
Pourquoi doit-on souffrir, pourquoi la vie est injuste avec ceux qui s’aiment, pourquoi la roue du destin joue-t-elle à séparer les deux faces d’une même pièce, j’ai l’impression que le sort s’est toujours acharné sur moi, que je n’avais pas le droit d’être heureux, d’avoir le droit au bonheur, comme si j’avais un boulet accroché à mes pieds…On dit que l’on récolte que ce que l’on sème, je ne sais ce que j’ai semé, mais en tout cas, j’en ai toujours payé le prix, et depuis ta disparition, j’en paie le prix fort. J’en ai marre de souffrir, suis-je né pour souffrir toute ma vie ? Même si j’ai Marion, si elle m’apporte du soleil, j’ai la sensation d’avoir toujours des nuages au-dessus de moi. Mon seul moment de lumière intense, ce fut toi, mon amour, la période de ma vie qui a fait de moi un homme, qui m’a permis de devenir Papa, qui m’a offert le droit de savoir ce que c’était d’aimer, et de décliner le mot « amour » au pluriel, en complément du prénom Caroline…
Mon amour, tu me manques tant, j’ai si mal, je saigne et mes larmes sont le sang de mon âme. Je me demande parfois si j’ai ma place dans cette Société, j’ai le sentiment d’être différent, pas comme les autres, encore humain alors que tout le monde semble avoir oublier le sens même du terme « humain », en le supplantant par le mot « égocentrisme ». Je sais que je ne devrais pas me mettre dans des états pareils, mais je n’y arrive pas, comme pour me dire que ces larmes font parti de l’hommage que je te rends chaque jour, que si je ne pleure pas, cela signifie que l’amour que j’ai pour toi n’existe plus. J’ai tant besoin de toi, que tu sois là à mes côtés, pour que j’existe, sans toi, je n’existe pas, je n’existe plus…
Tu m’as appris à être moi, à être fort, mais cette force, je ne l’ai plus, je l’ai perdue à tout jamais, partie avec toi pour t’accompagner vers demain. Je pleure mon amour perdu, je pleure la femme dont j’avais toujours rêvé et qui est devenue réalité l’espace du souffle d’une vie, lequel souffle a été supprimé par la faucheuse de jalousie devant notre amour infinie. Je suis navrée, mon amour, mais je sais que je ne devrais pas pleurer, mais je ne le peux, et jusqu’au bout de ma vie, mes larmes raisonneront de l’amour que je porte et gonfleront à jamais le fleuve de ma vie, jusqu’à nos retrouvailles… Je t’aime, Caroline, et je sais que je ne te l’ai pas assez dit de ton vivant, mais je t’aime à en mourir…
Ton Ptit Caillou larmoyant…
magnifiquement bien.
Je viens souvent vous lire sans laisser de commentaires.
Vous lire c'est d'avoir les larmes prête à couler, le noeud dans la gorge et la peur au ventre.
J'ai peur parce très bientôt ma fille va donner la vie. Jamais je n'aurais imaginé qu'elle puisse perdre perdre sa propre vie en mettant un enfant au monde.
Vos lettres datent de l'an dernier. Qu'en est il aujourd'hui ?
Votre blog est un aimant, il attire, mais...
Pardonnez ma sincérité.
merci à toi d'etre venu commenter sur mon blog et quand je lis tes écrits cela me touche fortement,les marmes que tu caches à ta puce c'est les mêmes larmes que je cache à la mienne , je comprends ta détresse face à la perte de Caroline , ça fait super mal de perdre la personne que l'on aime et ça je connais ce sentiment non pas parce que j'ai perdu ma moitié mais parce que j'ai perdu 4 de mes êtres chers et que c'est dur de vivre l'après .je te souhaite beaucoup de courage et n'hésite pas si tu veux en parler , je suis là aussi
MERCI pour ton message et MERCI surtout pour ces lettres à celle que tu aimes. L'amour NE MEURT JAMAIS il est bien plus fort que la mort.
Je te souhaite un bon week-end .
Amitiés.