Posté le 22.01.2008 par messageinabottle
Mon bel amour,
Les vacances se profilent, mais je n’en ai pas vraiment le goût. Bien sûr, je vais profiter plus de Marion, bien sûr, je vais pouvoir me reposer, mais ces vacances n’auront plus jamais la même saveur, car tu ne les partageras plus, nous ne découvrirons plus ensemble de nouveaux horizons, alors, je n’ai pas le cœur à partir, nous allons rester ici, à Etretat, dans notre petit coin de paradis, dans cette maison qui est le nid de notre amour, où tout ce qui s’y attache me rappelle à toi.
Oui, cette maison où nous voulions partager le restant de nos jours, que nous avions cherché depuis toujours et qui était là, à nous attendre simplement. Nous voulions nous échapper de la grisaille parisienne, ne plus supporter le stress et la nervosité des gens, pouvoir s’échapper des transports en commun et des embouteillages à répétition, et respirer le bon air de la campagne et de l’iode marine. Etretat était une évidence pour nous, tu m’avais fait aimer ce coin, tu me l’avais fait redécouvrir avec les yeux de l’amour, et nous n’envisagions pas d’autres destinations pour faire germer notre amour et pour accueillir les enfants que nous souhaitions.
Après étude de notre budget, nous avons parcouru les agences immobilières des environs pour découvrir ce qu’ils avaient comme offre. Mais nos premières présentations de maisons ne nous enchantèrent guère, sans nous décourager. De vieilles bicoques avec tout à refaire à l’intérieur, à se demander comment la maison pouvait encore tenir debout quand nous constations l’état des joints des meulières, ou de véritables courants d’air où les murs ne servaient qu’à délimiter des pièces, mais pas à conserver la chaleur. D’autres maisons magnifiques, avec piscine attenante, de belles pièces dont les plafonds étaient dessinés de poutres anciennes, des jardins retracés à la Le nôtre, nos regards pétillaient devant tant de splendeur, mais il y avait un petit hic, c’est que notre budget ne nous permettait que de visiter et de rêver, mais pas d’acheter pareilles maisons.
Hors de question de penser à une maison de ville sans jardin, encore moins d’un appartement, nous désirions un jardin pour pouvoir nous détendre le soir à regarder le soleil se coucher, assis dans l’herbe autour d’un verre de champagne, blottis l’un contre l’autre pour l’été, et une cheminée dévorant de grosses bûches et une belle flamme léchant l’âtre pour l’hiver. Nous n’étions pas découragés par ce que nous voyions, mais nous doutions que les agences puissent un jour trouver notre bonheur.
Comme nous étions sur place, nous en avons également profité pour parcourir les alentours, nous reposer entre campagne et mer, entre douceur des étendues vertes, et repos du regard face à l’étendue azurée. Et au détour d’une route, une petite pancarte manuscrite, « A vendre ». Nous nous sommes pris la main et nos cœurs se sont mis à battre, elle était là et nous attendait, nous ne savions pas l’expliquer, mais au fond de nous, il n’y avait aucun doute, cette petite maison de meulière dans ce petit coin de paradis, pas le paradis avec un jardin luxuriant, mais au contraire, la simplicité du cadre. Nous avons frappé à la porte, et une personne âgée nous entrouvrit la porte. Lorsque nous lui avons dit que nous souhaiterions visiter sa maison, ayant vu le panneau, son sourire s’illumina et la vieille dame nous expliqua qu’elle n’y croyait plus, que peu de personnes étaient venues et que le lieu un peu retiré gênait. Bien au contraire, nous appréciions ce lieu retiré, et la visite de la maison nous conforta dans notre ressenti.
Un vieux salon à l’ancienne, avec des poutres à restaurer, une cheminée trônant au milieu, nous nous imaginions déjà devant. La cuisine vieillotte, mais dans laquelle tu te voyais déjà en train de mijoter de bons petits plats après une réfection de la pièce. Un grand garage pour y garer au moins deux voitures, avec un cellier attenant pour y cacher toutes nos dives bouteilles dont nous ferions l’acquisition une fois sur place. A l’étage, trois chambres et une grande salle de bain pour finir la visite de la maison. Même si nous n’étions pas des professionnels du bricolage, sous tes conseils, notre petit nid prendrait forme. C’était cette maison et nulle autre que nous souhaitions.
La vieille dame nous offrit un café et nous expliqua qu’elle devait partir car la maison n’était pas conçue pour une personne de son âge, elle commençait à avoir des difficultés pour s’y déplacer. Et elle nous compta sa vie avec son mari, tous les jolis moments qu’elle avait vécus ici, cette maison qu’elle n’aurait voulu quitter mais que les méfaits de l’âge l’obligeait à quitter à contrecœur. Lorsque nous avons abordé le coût de l’acquisition, son prix nous fit couler les larmes aux yeux, et sans nous concerter, c’est d’un « Oui » commun que nous lui avons répondu. Elle se joint à nos larmes car elle ne croyait plus la vendre non plus, et les démarches administratives réglées, trois mois plus tard, tu franchissais le pas de la porte dans mes bras…
J’en frissonne encore de te l’écrire, c’est si merveilleux pour nous, notre chez nous à nous, notre maison du bonheur. Elle respire toujours ce que tu lui as apporté, tes petites touches de vie, de couleur, elle est toi, tout simplement. Jamais je ne la quitterais, ce serait comme te dire au revoir une seconde fois. Cette maison est une partie de la concrétisation de notre amour, et Marion le ressent, elle semble épanouie à y vivre. Merci mon amour d’avoir fait de cette maison notre petit coin de paradis à nous, mais l’ange qui y vivait me manque tellement, cet ange qui ensoleillait ma vie, toi ma douce Caroline, que j’aime à la folie et même plus encore. Ma chérie, que la vie est difficile sans toi et tout ce que tu représentes pour moi…
Ton Ptit Caillou
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Posté le 21.01.2008 par messageinabottle
Mon ange de cristal,
Le temps n’est plus le même, le soleil a du mal à se lever le matin, et ses rayons sont ternis, ils n’ont plus le même éclat, la même chaleur, la même intensité… Les nuages prennent le pouvoir, estompent la lumière, pire, la transforment en grisaille et expulsent leur colère en grêle, orage, coup de vent, bruine et autres ondées… Avril est passé, avec son dicton de ne pas se découvrir, avec des températures dignes d’un mois de Juillet pour laisser place à Mai, où en principe, nous devons faire ce qu’il nous plait, et pour cette année, c’est ressortir les pulls, aller chez le médecin pour soigner son rhume ou ses allergies aux imperméables et autres bottes en caoutchouc…
Oui, tu vois, ton absence influence aussi le temps, le ciel nous inonde de ses larmes, toi qui étais le reflet du soleil, qui ensoleillait ma vie, mon existence… Même le sourire de Marion n’y fait rien, elle n’a pas encore ta force, cela viendra avec le temps, pour le moment, elle se contente d’être arrosée comme la jolie fleur qu’elle est… Ma vie ne sera plus jamais la même, tu le sais d’où tu m’observes, dans ton nouveau pays, tout ce que tu m’as apporté par le passé, je ne l’aurais plus qu’en souvenir dans mon esprit, qu’en perpétuel recommencement au fond de mon cœur, mais plus de nouveautés, plus de moments à créer et recréer… Ah, si tu étais encore auprès de nous, si ce maudit jour ne s’était produit, oui, si…
Si tu étais encore là, à mes côtés, un seul de tes regards, à la fusion de braise, suffirait à faire fondre les icebergs. Le doux son de ta voix permettrait de faire stopper toutes les guerres et d’entrer dans l’âge de paix. La lumière de ton sourire éradiquerait la famine, chacun mangerait à sa fin, plus de mortalité pour des hommes et des femmes affamés, ce qui ne devrait être au vingt-et-unième siècle. L’envol de ta crinière blonde chasserait la maladie dans un claquement de fouet, et donnerait l’impulsion manquante aux dernières trouvailles en matière de médecine. Le toucher de ta main soignerait les plaies physiques et les douleurs de l’âme. Un seul de tes baisers donnerait le sens au mot « heureux », le cœur des hommes s’enflammerait vers un âge d’or jamais connu. La simplicité de tes gestes pourrait changer le cours du temps, comme le battement des ailes du papillon le fait à l’heure actuelle. La moindre de tes envies te ferait devenir reine, car comment résister à une sirène croisée avec un ange…
Chacun de tes rires pourrait procurer le bonheur aux gens tristes et chasser la morosité qui nous entoure. Un seul battement de tes cils pourrait changer le climat mondial, plus de sécheresse, plus de mousson, qu’un climat tempéré partout, pour des cultures à foison à travers le monde. Mais au contraire, chacune de tes larmes suffirait à faire déborder les océans, et à remodeler la géographie de la planète. Une seule de tes colères pourrait entraîner l’apocalypse et être pire que les plaies d’Egypte. Ton cri pourrait déclencher des tremblements de terre, les failles se seraient entrouvertes pour engloutir tout sur leur passage. Taper du pied engendrerait des tsunamis encore jamais vus sur Terre, et recouvrirait de raz-de-marée toutes les villes côtières...
Mais tu n’es plus auprès de moi, et tout cela n’est que vil rêve, utopie issue de mon esprit attristée par ta perte, tu étais la femme de mes rêves, non tu es la femme de mes rêves. Depuis ton départ, mon univers s’est brisé, comme s’étant contracté sur lui-même en un énorme trou noir ravageant tout sur son passage, peut-être encore une de tes manifestations célestes de ta colère de n’être plus à mes côtés… Mais je me raccroche à mes souvenirs, à nos souvenirs, eux sont l’image de ce que tu as fait, de ce que tu aurais pu faire, … Oui, tes sourires redonnaient l’espoir aux enfants dont tu t’occupais chaque jour, ta tendresse leur offrait ce qu’ils n’avaient jamais connu jusque là ou très peu, ton dévouement en leur donnant la vision de ce qu’était être aimé, au lieu d’être rejeté, battu, pour ne pas dire pire…
Aujourd’hui, tu n’es plus, et pourtant, tu es tant au fond des cœurs des gens que tu as côtoyé, au fond de l’âme des gens à qui tu as montré un nouveau chemin, tu es un exemple à suivre pour certaines petites filles à qui tu as tendu la main, et tu as donné le meilleur de toi pour notre petit amour de Marion. Mais tu manques à tous ces gens, et encore plus à moi, je ne suis plus rien sans toi, je ne suis qu’un enfant perdu dans une forêt vaste, esseulé et aveugle, et pleurant à qui voudra lui rendre sa mie, son amour perdu, l’être qui lui a le plus offert sans rien attendre en retour… Je t’aime ma Caroline, je ne te l’ai pas assez dit de ton vivant, et je ne me lasserais de te le dire jusqu’à ce que la mort nous rapproche…
Ton Ptit Caillou
Posté le 17.01.2008 par messageinabottle
Ma luciole dans ma nuit,
Chaque jour qui passe est une nouvelle pièce que j'ajoute à mon nouveau puzzle, celui que je construis avec Marion, le nôtre étant inachevé tant que je serais sur Terre. Nous aurions des milliers de pièces à y ajouter, de tout ce que nous désirions faire, entreprendre dans notre vie, pour la parfaire, pour la faire évoluer, pour la vivre pleinement. Mais il est stoppé pour le moment, en attendant que je te rattrape sur le chemin, car tu as pris un raccourci, alors que j’emprunte la route principale qui est semé d’embûches, mais que je dois parcourir seul pour le moment. Je t’amènerais quelques pièces du puzzle que je construis avec Marion afin que tu savoures ces moments aussi, lorsque je te rejoindrais, et qu’il s’intègre à notre puzzle…
Notre vie était faite de pièces rapportées au fil de nos rencontres, amicales ou autres, nous les avions assemblés pour en faire les puzzles de notre vie, et lorsque nous avons emprunté le même chemin, nos pièces se sont imbriquées les unes dans les autres pour construire un puzzle plus grand. Mais la plus jolie pièce à mes yeux étaient celle de ta naissance, car si tes parents n’avaient pas eu le projet de te donner le jour, je n’aurais jamais vécu de si merveilleux moments avec toi. Et quand je regarde cette pièce à travers les photos que ta Maman a, je découvre la même pièce dans le puzzle de Marion, elle te ressemble tant, la même tenue d’Eve à la naissance, et seule la couleur s’est ajoutée à ses photos, le noir et blanc t’allait si bien.
Après, les pièces changent, de ton côté, il y a deux parents autour de toi, côté Marion, aussi, mais un seul est visible sur ses photos, accompagné d’une auréole de lumière qui la nimbe, image de ta présence auprès de notre petit angelot. Que n’aurais-je donné pour avoir une photo de notre amour réuni, tous les trois ensemble, mais tu es parti si vite, trop vite… Les premiers sourires, les premières risettes ont ajouté de nouvelles pièces, pour former la base, avec ses premières bêtises rien que pour embêter son Papa, entre ses éclaboussures dans le bain et ses pipis improvisés alors que je changeais sa couche, ses premiers coups de pieds lorsqu’elle n’aimait pas ce que son Papa lui faisait. C’est vrai que je n’ai jamais vu aucun bébé apprécier qu’on lui nettoie le nez en faisant un grand sourire, voire en redemander encore.
Et tous ces instants à veiller sur elle, que ce soit les premières nuits à vérifier si Marion respirait toujours, ou lorsqu’elle n’allait pas bien, que je m’inquiétais pour sa santé et que nous nous battions ensemble, toi de manière divine, et moi de manière médicinale, en lui procurant tout l’amour et la tendresse d’un Papa en détresse face à la douleur de notre puce, me sentant parfois impuissant à ne pouvoir lui rendre le sourire, et soulagé lorsque le méchant virus ou le petit microbe décidait de lâcher prise et de nous rendre Marion comme elle était avant, avec toute la candeur de ses sourires. Tous ses biberons que j’ai préparés de jours comme de nuit, des biberons mal préparés au départ pour devenir des régals de Marion, avant que les petits pots et plats préparés ne viennent subvenir à ses besoins journaliers, et favoriser la redécoration de la cuisine en multiples arcs-en-ciel de bouillis.
Bien sûr, il y a eu ces si belles pièces, tu sais, lorsqu’elle a décidé de bouger par elle-même, d’abord ses petits membres, un à un, puis ayant compris la complexité des mouvements, de tenter l’aventure de la découverte à quatre pattes, basculant parfois sur le côté lorsque la faiblesse d’un de ses petits bras se faisait sentir, ou glissant sur un objet mis en travers de sa trajectoire et qui était aussi têtu qu’elle, à ne pas vouloir dévier de chemin. Et ses essais pour se redresser, avant de se montrer fièrement debout devant son Papa et de faire couler les larmes célestes de sa Maman. Debout n’est pas marché, et ses multiples essais pour avancer ne furent pas tous concluant, mais nous ont bien fait rire. De si jolies pièces…
D’autres éléments de ce puzzle viendront prendre place, boucheront petit à petit les trous du départ, mais aucune pièce ne viendra se mettre à l’emplacement qui t’est réservé auprès de notre puce, elle manquera toujours bien que virtuellement elle soit là, car tu vis et partages avec nous chaque étape de la vie de Marion, tu la mènes sur les étapes de la vie et tu l’épaules pour lui éviter les accrocs. Mais rien de pourra remplacer l’amour d’une Maman, et cette pièce ne prendra jamais place dans le puzzle de sa vie, si ce n’est à travers moi et tes souvenirs… Tu lui manqueras à jamais, tu me manqueras toute la vie, ma chérie, notre puzzle sera toujours incomplet du sourire de ta présence… Je t’aime, mon cœur, je t’aime à en mourir pour continuer notre puzzle ensemble…
Ton Ptit Caillou
Posté le 16.01.2008 par messageinabottle
Ma douceur,
Le calme, voilà l’accueil que j’ai le matin lorsque j’entrouvre les volets, la clarté du jour qui illumine notre chambre, des oiseaux se rafraîchissant à la rosée du matin en se roulant dans l’herbe, de la couleur dans le jardin, il ne manque à ce paysage idyllique que le charme, le sourire, la présence, la beauté, c’est-à-dire toi, mon amour, ma douce Caroline qui me manque tant. Tu apportais toute ta saveur à ce paysage, toute sa contenance, et les fleurs s’ouvraient le matin lorsque tu apparaissais à la fenêtre, comme pour te dire bonjour, comme pour répondre à ton naturel…
Toute cette région est si différente de celle dont nous venons, de notre banlieue parisienne. Nulle grisaille, que les couleurs pures offertes par la nature, ici, on voit les animaux en liberté, ils n’ont pas peur de nous, ne se sauvent pas au premier bruit et sont parfois un petit peu téméraire, à vouloir entrer chez nous pour découvrir ce qu’on leur cache en fermant les volets le soir, pour observer à la lumière les mystères des humains. Cette maison est le cœur de notre amour, et jamais nous n’avons regretté d’emménager ici, de fuir les grosses agglomérations pour nous ressourcer ici.
Notre premier réveil fut étrange, cette sensation de manque que nous avions, nous ne savions pas quoi au départ, mais lorsque nous nous sommes levés, nous avons compris. Le silence. Aucun bruit, aucun son agressif, rien. Nous n’en avions pas l’habitude, mais nous l’avons vite pris, quel plaisir d’avoir l’esprit libre pour s’endormir dans les bras l’un de l’autre et de se réveiller sous le ramage des oiseaux. Quel plaisir d’être bercé par la mélodie de la mer, et du vent pour toi, moins pour moi. Nous avions l’impression de redécouvrir la nature, avec ce qu’elle a de plus merveilleux. Lorsque nous regardions la mer, nous pouvions rester des heures à regarder les évolutions des vagues à sa surface, les courses des écumes, les sauts des vaguelettes à la recherche d’exploits. La nature reprenait ses droits ici, elle exprimait toute sa splendeur.
Lorsque nous allions en centre ville, que de changement pour nous, plus aucun embouteillage, ce qu’ici ils appelaient de la circulation, c’était trois voitures à la suite des autres, que de la courtoisie au volant, même les piétons pouvaient traverser en toute quiétude, devant le sourire d’un conducteur. Nulle agressivité comme nous l’avions connue en banlieue, où traverser une rue sans se faire renverser devenait une prouesse digne de toréadors, où les klaxons rythmaient les bruits des accélérateurs quand un quidam n’avançait pas, pire, laissait traverser une personne âgée à la vitesse d’un escargot. Et surtout, on trouvait de la place pour se garer, nul dieu horodateur pour dévorer notre argent plus vite que le temps qu’il nous fallait pour le gagner.
Quant aux commerçants, le jour et la nuit par rapport à avant. Lorsque nous rentrions dans un magasin, c’était un accueil chaleureux, un « bonjour » ensoleillé et le sourire aux lèvres, aucune aigreur dans la voix, c’était un plaisir pour eux de faire leur travail, non une obligation entraînant un « je m’en foutisme » comme nous l’avions si souvent vu auparavant. Quand nous allions à la boulangerie, quel plaisir pour les sens d’avoir le palais taquiné par la douce odeur du pain chaud cuit au feu de bois. Chez le fromager, c’était le mélange des effluves de fromages qui mettaient nos narines en éveil, et chez le fleuriste, le plaisir des yeux devant la multitude de fleurs nous tendant leurs pétales pour être cueillies de tes mains.
Et surtout, une totale absence de stress, plus de contrainte comme avant de se lever tôt le matin de peur d’être en retard à cause des transports en commun ou du flux migratoire des gens se rendant sur leur lieu de travail. Le plus surprenant était la politesse des gens, se saluant les uns les autres dans la rue, se laissant des priorités virtuelles sur la route, s’arrêtant même sur le bord des chemins pour parler de la pluie et du beau temps. Au début, je pestais devant ceux qui se croyaient seuls sur les routes, et aujourd’hui, je fais comme eux, ils adorent faire des coucous à Marion, et elle leur répond toujours par ses sourires si craquants, les mêmes que ceux que tu me faisais lorsque tu voulais quelque chose…
Et aujourd’hui, je ne regrette pas ce choix d’avoir quitté notre passé pour construire notre demain, tous ces tendres moments que nous avons partagés, nous ne les aurions pas vécus si nous étions restés là-bas. Mais ton départ a brisé ce tableau que nous avons dressé avec notre amour, il manquera toujours quelque chose au milieu de cette peinture, un trou qui ne sera jamais comblé, que par le souvenir de la femme que j’aimerais toute ma vie, toi Caroline, partie trop vite alors que tu avais tant à entreprendre, et tant à m’apporter. Je suis seul aujourd’hui, mais chaque matin, lorsque j’entrouvre les volets, c’est toi que je vois me sourire…
Ton Ptit Caillou
Posté le 15.01.2008 par messageinabottle
Mon astre de lumière,
La lune a revêtu son voile d’étoiles, je suis comme un troubadour des temps modernes qui écrit ses textes pour conquérir sa mie, sauf que ma mie, je l’ai conquise dans le passé, et au travers de mes écrits, je lui prouve à chaque page la force de mes sentiments, je te prouve que je t’aime tout autant qu’avant, si ce n’est plus, mais pas moins, cela est sur. Penser à toi me rappelle tous nos bons souvenirs, m’arrache aussi les larmes enveloppées de regrets, et illumine ma vie, car j’avais réussi à te rendre heureux, c’était ma plus belle victoire, mon plus beau combat…
Je me rappelle nos promenades le soir dans Paris, alors que la ville lumière avait endossé sa tenue de soirée, tout étincelante de sobriété. Les lampadaires éclairaient les coins de trottoirs où des couples s’enlaçaient seuls au monde, les feux des voitures se croisaient et se décroisaient au rythme des coups de klaxons des conducteurs stressés par les feux rouges se déclenchant uniquement dans le but de provoquer leur retard à leur rendez-vous galant, les divers monuments de Paris se paraient de leur habit de lumière tamisée, et la Seine reflétaient toutes ces illuminations en milliers de diamant glissant à sa surface.
Nous adorions déambuler sur les quais de Seine, main dans la main, en nous bécotant, rendant jaloux les solitaires noctambules en manque affectif. Nous aimions profiter de la vie à deux, dans toute sa simplicité, deux amoureux à Paris, que rien ne pouvait troubler, même pas les ondées, nous permettant de nous réfugier sous notre parapluie et de nous rapprocher encore plus, bien que nous n’ayons besoin de ces gouttelettes d’eau pour nous rapprocher… Paris était à nous ou plutôt son couloir central, son fleuve au long cours, ses quais où les boutiques des bouquinistes clos le soir rassemblaient la journée maints chercheurs de trésors littéraires enfouis dans les entrailles de leurs boîtes magiques, et notre destination fétiche, le pont neuf, reliant la rive droite de la rive gauche en un point central, le bout de l’île de la Cité, ancien fief de Quasimodo et d’Esmeralda…
Sur ce pont, nous aimions nous enserrer, nous embrasser en regardant la tour Eiffel, phare dans la nuit, se dressant vers les cieux comme une fusée prête à rejoindre les astres. Nous nous enlacions pour ne pas ressentir l’humidité se déposer sur nos épaules, et nous patientions, attendant que la petite aiguille du temps se dresse de toute sa raideur vers le haut pour déclencher le scintillement de mille feux. Lorsque la féerie se déclenchait, nous étions seuls au monde, nos poils se hérissaient sur toute la surface de nos corps devant l’émotion qui se dégageait. Pour nous, c’était magique à voir, le sourire illuminait nos visages, nous redevenions deux enfants devant une telle majesté…
Des milliers d’étoiles clignotaient les unes après les autres, donnant un lustre supplémentaire à la robe dorée de la vieille tour, le temps semblait s’arrêter pour ne pas troubler ce moment magique, comme un instant de recueillement devant la beauté de la nature artificielle. Nos regards luisaient de bonheur, je te serrais contre moi, devant moi et tes mains offraient leur douceur aux miennes. Le spectacle aurait pu durer des heures, nous n’aurions pas bougé de place, comme hypnotisés par l’enchantement des lumières dessinant dans la nuit les contours de la tour Eiffel. Nous étions bien, nous nous aimions, et le scintillement était pour nous comme un gage à notre amour de la ville lumière, comme pour signaler au monde entier que deux être s’aimaient d’un amour pur, au-delà de tout ce qui avait pu être à ce jour, comme si nous étions les deux faces d’une même pièce, destinés à nous rencontrer et à ne faire qu’un…
Lorsque le spectacle cessait, que les étoiles disparaissaient pour retourner dans leur écrin, la nuit reprenait ses droits, mais nos yeux conservaient ses étincelles, et nous nous retournions l’un face l’autre pour nous embrasser longuement et langoureusement. Parfois, des jeunes passant à nos côtés nous sifflaient pour nous taquiner, mais nous n’y prêtions pas attention, prisonniers de notre bulle d’amour. Et lorsque nos lèvres se détachaient, nous ne trouvions les mots pour exprimer ce que nous ressentions, et nous repartions sur l’île de la Cité à pas de velours, pour ne pas cesser cette magie qui était la nôtre…
La lune est là, comme pendant ces soirs-là, son sourire est toujours le même, et de là-haut, tu dois ressentir le même manque que moi, les deux faces de la pièce séparées par le voile de la mort. Mais ces doux moments me mettent du baume au cœur, et même si je pleure d’être seul et de ne plus être à tes côtés, je sais que nous étions heureux devant ce spectacle. Je t’aime, Caroline, et merci pour tout ce que tu m’as apporté, merci d’avoir fait de moi un homme heureux, d’avoir partagé avec moi ce qu’on appelle le bonheur…
Ton Ptit Caillou, à qui tu manques…
Posté le 09.01.2008 par messageinabottle
Ma douce lumière d'espoir,
Notre amour grandit chaque jour, pas simplement celui que nous éprouvons l'un pour l'autre à travers les murs du destin, celui qui nous a réuni par le passé et que nous avons cultivé en semant de petites attentions, de tendres câlins, de multiples complicités, ... Cet amour qui grandit, c'est notre petite Marion. C'est une continuelle évolution, comme une fleur qui s'épanouit à chaque instant, découvrant un nouveau pétale de connaissance, de surprise, de bonheur. En ce moment, elle est dans sa période onomatopées...
Après avoir compris la signification de Maman et Papa, bien que moins évident pour notre petite puce du fait de ton absence et que je ne mette pas du mien en me couvrant d'une potiche blonde pour imiter ta longue chevelure d'or pour te ressembler, Marion commence à utiliser de nouveaux mots. Au début, j'ai eu peur qu'elle ne bégaie, mais le pédiatre m'a rassuré de suite en me disant que c'était plus simple pour les enfants en bas âge d'utiliser des mots de bases à syllabes doublées. Et Marion l'a très bien compris, en utilisant son « lolo » à foison, dès qu'elle a soif. Mais si je l'écoutais tout le temps, notre fille serait devenue une véritable citerne, tant elle serinait ce mot nouveau pour elle.
Nos balades en ville ne manquent pas non plus de jolis moments dus à l'utilisation des onomatopées. Un chien aboyant dans le lointain et c'est une ritournelle de « vouh vouh » que Marion entonne sous le rire des passants à qui je fais un petit signe en leur expliquant que j'ai toujours rêvé d'avoir un chien et faute de cela, j'ai enseigné ce langage au fruit de nos amours. Le bruit des voitures démarrant ou l'accélération intempestive des excités du volant entraîne des « voum voum » que je différencie mal du « vouh vouh » au départ, expliquant à Marion que l'on parle de chevaux pour un moteur et pas de chiens!
Bien sûr, de temps en temps, j'ai le droit à des regards réprobateurs ou de surprises lorsque nous croisons un couple et que Marion regarde l'époux en lui adressant un « Papa » tout joyeux, ce qui me fait rire, mais pas la compagne du dit couple, sachant son compagnon d'humeur volage alors que le démon de midi frappe à sa porte. Ou si Marion lâche « Maman » à une dame inconnue dont le mari revient de je ne sais où après une longue absence, pouvant entraîner une entame de scène de ménage sur les éventuelles infidélités de la dite dame pour tromper sa solitude du soir.
Le « lolo » revient souvent en magasin, ce qui fait sourire la caissière du supermarché, prénommé Laurence, flattée qu'un petit bout de chou connaissance déjà son prénom... « Nana » marche bien aussi, je sais qu'elle désigne par cela son petit nounours que Grégory m'avait offert pour toi et dont elle s'est attribué l'octroi. Mais le hic qui déclenche une gêne chez moi est lorsque Marion s'amuse à sortir ce mot « Nana » devant un homosexuel, car les réactions sont variées, entre amusement et stupeur chez ceux qui ne supportent pas la comparaison. Inconsciemment, elle doit quand même savoir qu'il ne faut pas le dire devant certains à la mine patibulaire...
Lorsque nous rentrons pour un bon quatre heures, la mélodie du « lolo » reprend, elle a déjà des habitudes de grand-mère et sait que le rituel du goûter passe par son « lolo ». Et elle aime le jeter par terre en disant « Papa » avec un grand sourire, signe qu'elle a fini. J'ai beau lui dire que Papa n'est pas une bonniche, rien n'y fait, elle comprend ce qu'on lui dit quand elle en a envie, comme les grands-parents justement. J'en viens à me demander si notre fille n'est pas née vieille dans sa tête! Bien que son vocabulaire soit très restreint, nous réussissons à nous comprendre, mais il est encore loin le temps où j'aurais une conversation structurée avec Marion comme je pouvais en avoir avec toi...
Tu me manques à chaque instant, mon coeur, et les petits mots de Marion n'y changeront rien, même s'ils doivent te faire sourire là-haut, surtout aux moments cocasses. Et je sais lorsque tu es émue aux larmes de la voir s'exprimer, car le ciel s'assombrit pour laisser tomber en fin grésil l'eau de ton corps s'échappant de tes si jolis yeux. Je t'aime si fort, ma Caroline, si tu savais comme je t'aime et comme je voudrais te le dire, te le chanter, et te le faire vivre...
Ton Ptit Caillou
Posté le 08.01.2008 par messageinabottle
Ma tendresse,
Je suis seul dans ce grand lit froid alors que le sommeil m’a libéré plus tôt, avant que le réveil ne sonne, ne me sorte de mes rêves, ce sont eux qui m’ont abandonné ce matin, enfin, quand je te dis rêves, je devrais plutôt dire cauchemars, car ils sont plus fréquents que mes rêves, où je te rejoins pour poursuivre notre amour, virtuel, je le sais, mais je n’ai plus que cela. Ce sont comme des films, de jolies histoires que je construis de mon imagination et dont tu interprètes le rôle principal, mais je suis un piètre scénariste, l’histoire ne se termine jamais comme je le voudrais, comme si ma main ne rédigeait plus la fin. Notre amour est comme un film qui se termine mal, un long métrage au goût amer qui rend triste à la sortie d’une salle sombre.
C’est vrai que notre histoire aurait eu du succès, et aurait inondé les yeux dans les chaumières, mais je ne suis pas scénariste réel, juste celui de nos amours que nous ne pouvons que partager en rêve aujourd’hui, lorsque ce sont des rêves, et non des cauchemars où je me retrouve impuissant devant ce qui t’arrive. Et si un jour, j’écrivais notre histoire d’amour, et si je me lançais, même si je ne sais écrire avec les mots qu’il faut, avec les termes adéquats, même si je ne sais faire passer les émotions, je pourrais essayer. Et peut-être qu’un jour, un fou en ferait un film, une histoire d’amour native de Paris et s’épanouissant à Etretat, joli sujet pour ensuite le proposer aux Parisiens dans un des lieux mythiques de la capitale, comme dans ces représentations du mois d’Août, au clair de lune…
Je me souviens de la première fois où nous avions profité de ces représentations extérieures, sur la butte Montmartre, le 3 Août 2005, c’était French Cancan de Jean Renoir. Nous étions venus de bonne heure pour en profiter pour pique-niquer, et à 19h, il y avait peu de monde. Le plaid posé, nous nous sommes installés et avons savouré un petit repas les yeux dans les yeux, attendant que la tombée de la nuit fasse son apparition, pour que la séance puisse débuter. Au début, quelques groupes épars dispatchés sur la vaste pelouse de la butte, et au fur et à mesure que la soirée avançait, un patchwork de couleurs se dessinait pour remplacer le vert habituel, un coin de pique-nique désorganisé où chacun prêtait à manger ou à boire aux autres, une grande convivialité, rare à Paris de nos jours.
Petit à petit, comme dans un vrai cinéma, les lumières du plafond apparaissaient, l’éclairage de la capitale nous donnait un avant goût de spectacle, nous dominions le tout Paris, allongés sur notre plaid. Les étoiles scintillaient de plus en plus précédant le lever de rideau, un joli croissant de lune pour éclairer l’écran de son sourire. Les gens arrivaient de plus en plus nombreux, il n’y avait plus de place, le moindre carré de dix centimètres satisfaisait les nouveaux, tout le monde était les uns sur les autres. Alors qu’au début, nous étions comme seul au monde, là, si je ne faisais pas attention en t’embrassant, je risquais d’embrasser quelqu’un d’autre !
La butte était en mouvement, comme animée de sa propre vie, et tout à coup, nuit noire, le spectacle commençait. Le film prenait une autre dimension, il se gorgeait de l’atmosphère extérieure, des chants des grillons jouant en rythme avec la musique du cabaret, des bruits de la rue, une nouvelle résonance due à l’absence de parois, et à l’éclairage nocturne. Regarder un film allongés dans l’herbe, mêlant notre attention entre l’écran et son image en noir et blanc, et la voûte céleste, également en noir et blanc, comme si le ciel était la continuité de l’écran, c’était du pur bonheur, on se serait crû chez nous, enfin, avec deux milles personnes en plus ! Et nous adorions voir des films en noir et blanc, ils ont plus de saveur, des histoires mieux construites, plus authentiques. Et à la fin, comme des nuées de papillons nocturnes dérangés par la lumière, tout le monde s’est envolé vers son cocon pour laisser la pelouse de la butte retrouver sa couleur originelle.
Prendre une plume pour écrire l’histoire de notre vie… Je crois que je n’y arriverais pas, cela ne se raconte pas, cela se vit, comme nous l’avons vécu tous les deux, notre histoire d’Amour, avec un grand « A ». Il faudrait extraire mon cerveau pour y puiser nos souvenirs, mais je ne veux pas, c’est à nous, et sans les battements de nos cœurs, aucune saveur à en tirer. Et rien ne pourra remplacer le vrai, rien ne pourra replacer ton amour, ma chérie, et mes rêveries seront nos films à tous les deux, le seul moyen de te serrer à nouveau contre moi, et surtout de te dire ce que je n’ai pas assez dit de ton vivant, « je t’aime »…
Ton Ptit Caillou
Posté le 07.01.2008 par messageinabottle
Mon tendre et merveilleux amour,
Marion gazouille dans son petit parc, elle est heureuse comme un petit ange qui vient de recevoir son nouveau costume, sa nouvelle auréole dorée et ses ailes immaculées. Elle s’amuse seule avec son tapis d’éveil et elle est en train de me concevoir un très joli concert, sous le regard du caméscope. Je ne me lasse jamais de la filmer dans nos multiples moments de la vie, elle aime poser comme une starlette comme tu aimais le faire, elle attire la caméra à elle et en joue, même si à son âge, on ne se rend pas compte de tout. Notre Marion, si petite, et si belle, quand je repense à toute son évolution pour devenir cette petite princesse qu’elle est aujourd’hui…
D’une envie naturelle d’avoir un enfant, de réunir le meilleur de nous-mêmes pour en faire le fruit de notre amour, quelques mois après, elle est là auprès de moi, et si loin de toi, à te ressembler et à devenir ton image. Je me souviens de notre décision de devenir parents, et de tous ces instants magiques d’essais de conception, de toutes ces envies de faire l’amour, pas seulement justifiées par le fait de procréer, mais nous avions une bonne raison pour en abuser encore et encore. Et notre contribution, malgré les obstacles naturels, a déclenché la vie en toi, vie invisible et inconnue au départ, mais qui allait bouleverser notre futur…
Cadeau de Noël que beaucoup pourrait nous envier, c’est le jour de la divine naissance qu’un cri retentit dans la maison, annonciateur d’un enfant à naître, pour notre plus grand bonheur. Nous avons mêlé nos larmes, nous avons mêlé notre amour, et ce Noël particulier nous offrait la plus merveilleuse des surprises, mais je ne le saurais que plus tard, que ce serait notre dernier Noël… Déjà, je caressais ton ventre avec tendresse, déjà Maman, tu l’étais auprès de moi, et tu allais le devenir au fur et à mesure du développement au creux de ton ventre.
Jour après jour, ton ventre prenait une jolie forme, mais il n’était pas le seul à s’arrondir et à enfler, ton décolleté attirait de plus en plus les regards, pour mon plus grand plaisir, pour ta plus grande fierté. Malheureusement, le changement en ton corps occasionnait également des remontées nauséeuses, perturbant ta vie quotidienne, et j’essayais de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour adoucir ces mauvais moments. Déjà, Marion commençait à s’affirmer et à montrer son caractère…
De petite courbe, ton ventre augmentait de volume, pour lui laisser plus de place. La première échographie nous relia dans les larmes sous le bonheur, nous étions unis dans l’émotion de voir ce petit bout en toi, ce petit cœur qui battait, ce petit ange qui grandissait. Et les premiers coups dans le ventre commencèrent La seconde nous confirma notre choix de la peinture de la chambre, le rose étant notre décision commune, et nos yeux pétillants de bonheur, fiers d’être parents. Nous comptions les jours qui nous rapprochaient de la date magique. Tu me donnais les idées pour sa chambre, et j’essayais de les réaliser, te moquant de moi lorsque je divergeais ou que je me retrouvais sous la tapisserie que j’avais mal plaquée.
Et les jours devenaient longs et difficiles pour toi, puis ton arrêt pour te permettre de te reposer, Marion ayant décidé de danser la Country dans son habitacle, pour faire honneur à sa Maman. De là, tu as tout fait pour m’irriter, m’imposant tes caprices, mais rien n’y faisait, je t’aimais et je comprenais, et je faisais tout pour ton bonheur, pour te rendre la vie plus simple. Tu m’entraînais pour la maternité, jusqu’au jour où… Le meilleur et le pire allait se côtoyer, l’histoire de la rencontre d’un spermatozoïde et d’un ovule allait prendre fin en toi pour naître au dehors, mais pas comme nous l’aurions souhaité, pas comme nous l’avions imaginé, dans la douleur de te perdre alors que tu offrais la vie à Marion, ses premiers cris se mêlant à ton départ vers la mort…
Marion est là, mais tu n’es plus là, elle a grandi hors de toi, comme tout autre enfant, mais loin de toi, loin de sa Maman chérie que j’aime plus que tout au monde, et elle est là devant moi, alors que tu ne l’es plus, et qu’une boule se forme au fond de moi, cette boule de douleur que j’ai depuis ton départ, et que je ne quitterais plus jamais, jusqu’au seuil de ma vie… Notre petit ange, tu l’as réussi, mon cœur, elle est belle à croquer, elle est espiègle à souhait, elle est notre princesse. Elle a tant besoin de toi pour continuer à grandir, tu lui as tant manqué par le passé, même sans qu’elle ne s’en rende compte, elle sent que quelque chose n’est pas normal, que tu n’es plus là, et ses « Maman » qu’elle dit de temps en temps me le montre…
Caroline, tu m’as fait le plus beau des cadeaux, d’abord ton amour, ensuite Marion, et j’espère avoir été à la hauteur de tes attentes, même si je sais au fond de moi que j’aurais pu faire mieux, j’aurais pu faire plus, j’aurais pu t’amener tellement de choses que je ne t’ai pas amenées… Marion sourit à la vie comme elle te sourit, c’est pour te dire qu’elle pense à toi. Tu me manques, mon trésor, tu me manques tant, j’ai tant besoin de toi, j’ai tant besoin de te dire « Je t’aime »…
Ton Ptit Caillou
Posté le 05.01.2008 par messageinabottle
Mon ange,
La clémence des cieux nous a permis de prévoir un petit tour en bord de mer, avec Marion et ta Maman. Notre petite puce a besoin de se dégourdir ses petites jambes, de les muscler, et rien de tel qu’une balade en bord de mer, au plus proche de toi, les pieds frôlant l’étendue aqueuse qui t’a recueilli pour ton dernier voyage, alors que je lui confiais les cendres de ta vie. Même si je sais que tu n’es pas auprès de nous, je sais que tu es là à nous observer, à veiller sur nous, et c’est pourquoi je voulais te montrer ses pas hésitants, afin que son reflet projette son image jusqu’à toi.
Ta Maman a déjeuné avec nous, et Marion a fait un festival avec la nourriture. Elle ne voulait pas manger, comme excitée, comme si elle savait qu’on allait aller en promenade avec elle pour aller te voir, un peu comme les animaux sentent qu’il va se passe quelque chose, quand on part en promenade, qu’on part en voyage, ou qu’un tremblement de terre est à venir. Là, elle nous a fait la totale question tremblement de terre, enfin plutôt les résultats, en mettant sa main sur le rebord de son assiette alors que ta Maman lui donnait la cuillère, ce qui a fait basculer l’assiette sur ta Maman, qui s’est retrouvée couverte de purée de carottes, entraînant une crise de fous rires de Marion. Et comme par hasard, pour poursuivre ses rires, elle a lâché son biberon par terre. Enfin, je ne sais comment elle s’est débrouillée, mais à force de gigoter dans sa chaise, elle a dégrafé sa couche que j’avais du mal positionner ce matin, et les effets d’évacuations sournoises ne se sont pas fait attendre…
Une fois que nous avons nettoyé la cuisine et changé Marion, et après avoir prêté un pull à ta Maman pour éviter qu’elle ne se promène avec une belle tache orange suspecte, nous avons emmené Marion dans sa poussette au bord de mer. Elle était toute heureuse, de voir déjà beaucoup de monde autour d’elle, et de pouvoir marcher sur les cailloux. Ce n’était pas chose aisée pour elle, car les premiers pas sur le plat sont périlleux, mais alors sur des galets qui se dérobent sous les pieds, c’est encore pire. Mais ta Maman et moi lui tenions la main pour éviter qu’elle ne chute, même si elle piaillait parfois pour que nous la laissions déambuler seule. Nous refusions de la laisser tenter ses premiers pas en terrain instable, elle serait tombée au bout de deux pas, préférant avancer à quatre pattes, en s’esquintant parmi les nombreuses pierres saillantes pour une enfant de son âge.
De temps en temps, nous la faisions voler en la soulevant avec ta Maman, et cela la faisait rire, un rire aux éclats qui faisait sourire les gens autour de nous, provoquant la bonne humeur. Rien de tel que le rire d’un enfant pour changer la physionomie d’une journée. Quelques vaguelettes venaient nous lécher les pieds, sous les « oh » de Marion, mais l’eau n’était pas encore très chaude, malgré la saison avancée. Alors, je tapotais dedans, pour éclabousser Marion qui adorait ça, ta Maman moins. Je la faisais sauter sur les galets en la prenant dans les bras puis la faisais voler au-dessus de l’eau, comme un petit oisillon, tu aurais vu comme elle était heureuse et ces petits yeux pétillaient de malice. Je te dis, tu l’aurais vu mais je sais que tu l’as vu, que tu étais là, que tu l’as regardé prendre plaisir avec nous, que les vaguelettes qui s’échouaient devant nos pas étaient les caresses que tu envoyais à notre ange. Je sentais également le voile du petit vent qui jouait avec ses mèches lorsque tu glissais tes doigts dans ses cheveux. Je voyais Marion s’apaiser un instant sous la douceur de ta main jouant avec elle, je sentais qu’elle ressentait ta présence. Ta Maman ne percevait pas ces changements, mais je savais que c’était toi, je savais que tu étais là, que tu nous accompagnais, et que tu étais heureuse de voir Marion marcher maladroitement, ce qui te faisait sourire, l’écume de la mer en témoignant au large…
Après avoir passé une heure à respirer le grand air iodé que tu nous envoyais, nous sommes rentrés, Marion commençait à pleurer, signe de fatigue. Je l’ai couché dans son petit lit et elle s’est endormie de suite. Ta Maman est rentrée chez elle, et je me suis mis à la fenêtre pour regarder la mer. Au loin, les mouettes virevoltaient de manière bizarre, mais en les observant mieux, j’ai pu déceler qu’elles traçaient des lettres, elles écrivaient « Merci ». Des larmes ont coulé sur mes joues, elles ont dû se mêler aux tiennes, j’étais heureux d’avoir marché en bord de mer avec Marion, qu’elle ait déambulé auprès du dernier lieu où tu es partie loin de nous. Et tu me remerciais de là où tu es maintenant, tu ne peux savoir ce que j’ai ressenti. Tu me manques tant, mon bébé, j’aurais tant aimé que tu sois avec nous aujourd’hui, que tu vives à nos côtés, que Marion partage l’amour d’une Maman, mais le destin a été cruel avec toi, avec nous. Je t’aime, mon amour, et merci d’être là chaque jour auprès de nous…
Ton Ptit Caillou
Posté le 01.01.2008 par messageinabottle
Mon ange de cristal,
Je regarde avec Marion à travers les carreaux les gouttelettes d'eau ruisselant le long de la vitre. Marion essaie de les toucher, mais son doigt se heurte à un obstacle invisible qu'elle ne comprend pas. Le ciel n'en finit plus de pleurer et de mêler ses larmes aux miennes, les nuages déversent des trombes d'eau à ne pas sortir un escargot dehors pour éviter de le noyer, la pelouse devient une pataugeoire. Habituellement en cette période de l'année, les tenues de rigueur sont les maillots de bain et les paréos, cette année, ce sont les pulls over et les parapluies ou autres imperméables. Le sol est tellement gorgé d'eau qu'il ne l'absorbe plus, et au prochain rayon de soleil, je pourrais improviser un système de luge nautique que je tracterais pour jouer avec Marion...
Toute cette pluie... Je reviens quelques mois en arrière, en un lieu mythique, où le bruit assourdissant est continu, jour et nuit, où les gouttelettes d'eau hydratent tous les touristes, qu'il fasse beau ou qu'il pleuve, que les températures soient caniculaires ou que la neige recouvre de son drap blanc les environs. Ce lieu où nous rêvions d'aller depuis tout petit, l'un des points communs que nous avions depuis la tendre enfance, ce lieu magique où les plus fous tentèrent des exploits extrêmes, certains y laissant leur vie dans leur gloire passagère. Ce lieu où le soleil jouant avec les gouttelettes créait des arcs-en-ciel continus, ponts majestueux entre les divers points de chute, les chutes du Niagara...
Nous étions ébahis devant une telle splendeur, il faisait déjà chaud, mais nous ne nous en rendions pas compte, sous la fraîcheur fournie par les chutes. Deux langues d'eau qui se déversaient en contrebas au devant de petites embarcations, frêles esquifs devant cette merveille de la nature. Et c'est à bord d'un de ces bateaux que nous allions embarquer. Tu te souviens de ces imperméables qu'ils nous donnaient pour éviter de nous retrouver tremper sous la colère de la nature? Nous étions de véritables schtroumpfs avec la couleur bleue de ces tenues très seyantes, de quoi passer inaperçus dans un défilé de mode de Jean-Paul Gauthier. Nous étions parés pour embarquer et le petit esquif pris son départ vers les trombes d'eau.
Les petites chutes côté américain étaient paisibles, ressemblant à une caresse sur la peau, comme la douceur d'une mère. Leur passage se fit dans le calme, le bateau n'ondula pas. Les chutes côté canadien, c'était autre chose, la force et la puissance d'un père, une cuvette impressionnante de taille et de débit. Plus nous nous en approchions, plus le bateau tanguait, plus le bruit s'intensifiait, nous devions parler de plus en plus fort, mais nous n'avions pas besoin de nous parler, nos regards en disaient long, les étoiles qui y brillaient partageaient nos étreintes et nos baisers, un rêve de gamin qui devenait réalité. Au fur et à mesure de notre approche, les fines gouttelettes d'eau devenaient de plus en plus nombreuses, un véritable crachin à ne pas dépayser un breton, et nous devions mettre nos lunettes de soleil si nous voulions continuer à regarder la splendeur qui s'offrait à nous, la force de l'eau ne nous permettant plus de garder les yeux ouverts sous cette pluie horizontale. C'était magnifique, c'était grandiose, nous vivions ce moment ensemble, une douche à notre amour, comme pour nettoyer le passé pour partir vers demain...
Une fine pellicule nous recouvrait, comme une peau aqueuse. Main dans la main, nous vibrions, nos coeurs battaient la chamade à l'unisson de ces chutes, nos larmes de joie se mêlaient aux embruns qui nous arrosaient, nous étions petites fourmis devant l'ampleur du spectacle naturel qui emplissait nos yeux, c'était tout simplement Beau. Les mots ne sauraient décrire ce que nous ressentions, la magie qui se déroulait devant nous, comme si tout autour de nous n'avait plus d'importance, n'existait plus, comme si le temps s'était arrêté de tourner, un coin de vie en dehors de toute vie, bercé par le bruit régulier de l'eau s'écoulant violemment. Je t'ai pris contre moi, devant moi, et ma tête sur ton épaule, nous avons immortalisé cette même image dans notre esprit, une photo souvenir gravé à jamais dans nos mémoires...
Et en sortant de mes rêves, Marion me regarde comme tu me regardais, elle me prend la main comme tu me la prenais, et comble du hasard, je l'ai vêtue tout de bleu ce matin... Tu me manques, Caroline, tout ce que nous avons vécu ensemble, c'est comme si c'était hier, comme si aujourd'hui, nous allions poursuivre la moisson de souvenirs, et pourtant, tu n'es plus là, tu es loin, si loin de nous, si loin de moi... Je t'aime pour ce que tu as été, pour ce que tu es et pour ce que tu seras, mon coeur... Et en ouvrant le tiroir pour chercher une page blanche, je suis tombé sur un paquet transparent contenant un imperméable bleu...
Ton Ptit Caillou