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messageinabottle
Description du blog :
Une bouteille à la mer envoyé à un être aimé, issue de l'imagination d'un homme esseulé...
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
10.03.2007
Dernière mise à jour :
31.03.2009

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31 Août 2007

Publié le 21/03/2008 à 12:00 par messageinabottle
Mon ange,

Je regarde la mer, plongé dans mes souvenirs, je regarde ce bleu si fascinant que les vagues façonnent en lui offrant leur relief, Marion me montre les mouettes qui sillonnent le ciel et piquent au gré du vent pour se poser sur les contreforts de la falaise. Elle est si rayonnante quand elle sourit, ce bonheur qu’elle me procure quand elle est heureuse, nous serions si bien si tu étais à nos côtés, une famille réunie… Elle me regarde écrire d’un air interrogateur, me voyant souvent avec une feuille blanche que je ternis de mon écriture. Je lui explique que j’écris à « Maman », que je t’envoie de nos nouvelles pour parler avec toi. Et elle t’appelle, elle parle à la feuille comme si c’était un téléphone, une possibilité de communiquer avec toi à travers le voile de la réalité. Elle est si belle, notre petit ange.
Je me noie dans ce bleu qui s’offre à nous comme je me noyais dans ton regard, et je revois le passé surgir au-dessus de moi, passé que j’aime conter à Marion, et c’est ce que je fais en lui parlant de la majesté de notre plongée dans les eaux d’une crique crétoise. J’en frissonne encore rien que de lui raconter ce moment, je revois tout comme si c’était hier, les premières vacances où nous partions à l’étranger ensemble. Nous étions dans un club de vacances pour profiter du farniente tout en se détendant sportivement avec les diverses activités pour éliminer tous les repas gargantuesques que nous faisions à chaque repas devant la multitude qui nous était offerte en dégustation.
Le club organisait une balade en mer en kayak à deux, à destination d’un récif où nous pourrions explorer les fonds au tuba et prendre de l’ouzo en regardant le soleil se coucher sur les flots. Nous avons embarqué sur les frêles esquifs avec pour chacun palmes, tuba et masque. Je menais l’embarcation, tu m’arrosais derrière pour me rafraichir un peu, selon tes dires, mais plus pour me remercier de t’éclabousser ! Nous étions une petite expédition à partir à la découverte de ce nouveau monde, le soleil amorçait sa descente pour rejoindre sa tanière nocturne. La quinzaine d’embarcations accosta sur le petit récif, une petite zone permettant de caler les kayaks pour éviter leur retour solitaire en mer. Après les diverses recommandations d’usage pour éviter de marcher sur des oursins ou d’entrer en contact avec les méduses, nous fûmes invités à nous parer de nos attributs marins.
C’était la première fois que nous nous travestissions en canard, jamais nous n’avions été palmés et marcher avec des palmes n’était pas chose aisé. Dès que nous avons pu, nous avons plongé pour nous laisser porter par l’eau. Bien sûr, néophyte que j’étais, je n’ai pas pris garde à ne pas mettre trop la tête sous l’eau, et j’ai vite réagi en sortant la tête de l’eau après avoir bu la tasse, alors que tu te moquais de moi. Nous sommes repartis dans l’onde bleue et nous avons découvert un paysage fantastique.
Nul bruit, tout était atténué par le velours de l’eau. Nous apercevions des oursins ci et là, arborant fièrement leurs épines, des petites anémones était caressées par le courant et s’étiolaient pour montrer toute leur beauté. Elles étaient blanches, beiges, et les voir onduler nous apaisait comme si nous en avions besoin alors que la beauté des fonds nous envoûtait. Je t’ai pris par la main pour évoluer avec toi, j’avais la plus jolie des sirènes à mes côtés, au corps de déesse telle Vénus, il ne te manquait plus que la grande coquille te sortant des flots comme l’avait imaginé Botticelli. Au détour d’une crevasse, des petits poissons firent leur apparition, jouant les uns avec les autres, comme une partie de « chat » improvisée. Ils ne semblaient pas effrayés par notre présence, certains téméraires mêmes venaient tournoyer autour de nos mains que nous leur tendions, les plus téméraires d’entre eux venant jusqu’à nous grignoter les petites peaux mortes que nous avions dans nos mains, victimes de la pelade de l’exposition continu au soleil. Cela nous chatouillait, c’était surprenant et agréable.
Un peu plus loin, la féerie des eaux pris une autre dimension avec une danse irréelle de trois méduses, la tête marron et la robe beige. Elles étaient magnifiques à voir se mouvoir avec légèreté et délicatesse, nous étions en admiration, en restant sur place, l’un contre l’autre pour ne pas les contrarier dans leur mouvement. Leur corolle vibrait pour les faire avancer tout doucement, comme si l’eau les portait. Jamais nous n’avions imaginé une telle beauté, connaissant plus les méduses pour les douleurs qu’elles pouvaient engendrer que pour leur sveltesse, le monde féerique dans lequel elle pouvait nous mener. Nous étions comme hypnotisés, nous avions envie de tendre les mains pour les caresser. Je me suis retourné vers toi, tu en as fait de même, nous avons retiré nos tubas et nous nous sommes embrassés sous la bénédiction de la mer, c’était le début de l’histoire d’amour avec la mer que nous avons partagé depuis lors.
Nous fûmes les derniers à sortir de l’eau, sous les railleries des autres déjà le verre à la main, et à peine le temps de nous poser que le soleil entamait sa chute finale pour s’envoler vers demain. C’était vraiment un autre monde pour nous, nous étions au paradis de la simplicité. Que la Terre est belle quand on se donne le temps de la regarder… Oui, c’était notre passé, et c’est là que tu voulais que je déverse tes cendres, dans ce milieu qui a toujours été cher à nos cœurs. Marion me sourit, elle a tout compris ce que je lui ai dit, elle est jeune et pourtant si évolué, si mûre, parfois plus que moi, j’ai l’impression. Son regard en dit tant…
Nous allons rentrer, non sans que je te lance cette lette dans son étui de verre. Je te fais parvenir toute la douceur de notre fille à travers ces quelques mots, car elle est ma petite sirène aujourd’hui, elle n’a pas connu sa Maman de son vivant, mais elle perdurera à jamais dans nos vies au travers de mes souvenirs et de mes histoires. Mais Caroline, sache que tu nous manques à un point que tu ne peux concevoir, nous avons tellement besoin de toi, de ton amour, et surtout Marion de se blottir contre toi et moi de te dire « Je t’aime »…

Ton Ptit Caillou



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30 Août 2007

Publié le 19/03/2008 à 12:00 par messageinabottle
Ma tendresse,

J’aime raconter à Marion notre vie d’avant, d’où elle vient, même si elle ne m’écoute pas vraiment, même si elle préfère m’embêter ou jouer. Alors, j’attends qu’elle s’endorme pour lui parler de toi, et parfois, quand ces petits yeux ne veulent se fermer, je la prends tout contre moi, pour la bercer, pour lui apporter ma chaleur. Elle m’écoute, tout en regardant le plafond, et je me blottis contre elle pour lui parler, comme je le faisais avant sa naissance.
Alors que ton ventre était déjà bien arrondi, j’aimais me blottir contre lui et sentir la douceur des caresses de tes mains passant dans mes cheveux. J’écoutais le silence dans ton ventre, guettant le moindre petit bruit suspect, signe que Marion bougeait en toi. Parfois, elle n’appréciait pas ma présence et elle me décochait un coup de pied juste à l’endroit où je tenais ma tête, et surpris tous les deux, nous en éclations de rire, et tu me taquinais en me disant que notre enfant savait déjà que son futur Papa était chiant, et qu’elle ne comptait pas se laisser faire. Alors, pour me venger, je te chatouillais, réceptive que tu étais à cause de ta sensibilité, et je finissais toujours par gagner.
J’aimais lui parler tout doucement, pour lui demander d’épargner sa Maman, de ne pas trop te faire souffrir par tes coups de pieds répétés, de te laisser dormir la nuit pour que tes journées ne soient pas trop longues. Bien sûr, je vantais toutes les louanges me concernant, et que tu infirmais sitôt dit, comment voulais-tu qu’elle ait confiance en son Papa si tu me contredisais à chaque fois. Et par ses comportements, je me demande si cela n’y a pas fait. La peau de ton ventre était douce comme celle d’un bébé, celui de notre bébé à naître, je me sentais auprès de cette colline naturelle qui t’empêchait d’entrevoir le début de tes pieds, et au fil des mois, l’aiguille de la balance.
Tu appréciais que je caresse ton ventre, tu étais fière de ce joli ventre de Maman, de notre réussite à deux, cet enfant de l’amour qui prenait déjà sa place dans la vie en faisant le vide en toi, en rangeant tout ce qu’elle pouvait mettre de côté avant de tirer sur la peau de ton joli petit bidon. Je disais des mots doux à Marion, je lui confiais des secrets, que nous avions hâte de sa venue pour lui faire partager tant de choses, pour lui faire découvrir la vie, et lui offrir l’amour de ses parents. Nous chantions des chansons pour enfants, pour l’initier aux comptines que nous ne manquerions de lui écrire, et tu me faisais souvent baisser le volume pour éviter d’apeurer notre petite pierre précieuse que tu cachais en toi.
Nous nous endormions l’un contre l’autre, ma tête contre ton ventre, mes mains autour de toi, les tiennes sur mon visage, bercés par les petits battements accélérés de son petit cœur en formation, et lorsque Marion n’entendait plus de bruit, la mutine te donnait un coup pour te réveiller en sursaut, et de même me réveiller, comme pour m’intimer que sa chambre ne se ferait pas toute seule, que ce n’était pas en profitant de la chaleur de sa Maman que le travail avancerait. Je crois qu’elle avait déjà quelques-uns uns de tes gênes, tu aimais à me « motiver » pour que j’achève avant la naissance de Marion son petit nid d’amour.
Par contre, comme toi, elle adorait déjà les câlins de son Papa, car lorsqu’elle était agitée et qu’elle t’empêchait de dormir, la tendresse de mes mains sur ton ventre, passant doucement en frôlement, la douceur de mes petits bisous que je lui envoyais, suffisait à calmer son ambiance boîte de nuit qu’elle allumait alors que tu dormais profondément la nuit. J’aimais la courbe de ton ventre, je trouvais que le corps d’une femme enceinte était tout ce qu’il y a de plus beau, la venue d’un enfant le transformait, l’épanouissait, et le tien que je trouvais magnifique avant n’en devenait que plus splendide au fil des jours, au fur et à mesure que ton petit ventre s’arrondissait.
Marion s’est endormi, mais je n’ai pas envie de la bouger, je veux veiller sur son sommeil et qu’elle se réveille auprès de moi, grognon comme son Papa ou souriante comme sa Maman, c’est aléatoire, enfin, non, cela dépend si je la réveille ou si c’est elle qui s’éloigne du pays de Morphée seule. J’écris délicatement pour ne pas la réveiller et la sortir prématurément de sa sieste. Je ne voudrais pas que tu entendes Marion pleurer en un écho dans la bouteille qui recevra cette lettre que je vais t’envoyer. Elle est si belle quand elle dort, tu la verrais, enfin, tu la vois d’où tu es, elle te ressemble tant.
Ma chérie, tu me manques tant, j’aurais aimé voir à nouveau ton petit ventre s’arrondir, pour veiller sur lui et te protéger, le destin en a voulu autrement, mais une chose qu’il ne pourra jamais nous retirer, c’est l’amour que j’ai pour toi, car je t’aime à tout jamais, même au-delà des frontières qui nous sépare, rien ne nous empêchera de vivre notre amour…

Ton Ptit Caillou

29 Août 2007

Publié le 18/03/2008 à 12:00 par messageinabottle
Mon ptit bouchon,

Pourquoi n’es-tu pas là à nos côtés pour vivre comme toutes les familles avec leur enfant, il y a tant de si jolis instants que je voudrais partager avec toi, pourquoi a-t-il fallu que la faucheuse mettre son grain de sel dans la vie qui était la nôtre pour enrayer les rouages de ta vie et te précipiter dans les méandres de la mort, sur le chemin dont on ne peut revenir, et vers lequel je m’engagerais pour te retrouver, car je ne te laisserais pas là-bas seule, je viendrais te rejoindre pour poursuivre ce que nous avons commencé, mais tu auras loupé tous les meilleurs moments de notre petite Marion. Notamment aujourd’hui, avec le festival qu’elle m’a offert.
Depuis quelques temps, elle commence à manger un petit peu seule, pas toujours, sinon, elle ne mangerait rien, tellement elle est contente de participer à la décoration de la salle à manger. Depuis qu’elle a compris comment attraper sa cuillère, elle s’en donne à cœur joie dès que je ne fais pas attention et que je la laisse traîner sur la table. Elle aime taper dans tout ce qui est pseudo liquide parce que cela gicle, elle peut en mettre partout, et malgré mes réticences, elle continue en me provoquant du regard, comme tu aimais le faire par le passé pour obtenir ce que tu voulais.
Ce midi, j’avais fait une purée de carottes, et elle a débuté en tapant avec sa cuillère dedans, histoire de voir ma réaction, mais j’ai laissé faire un moment sans m’énerver, avant de lui montrer comment elle devait faire pour prendre un peu de purée avec sa cuillère et l’amener à sa bouche. Après deux cuillérées, Marion m’a fait comprendre qu’elle voulait que je la laisse et j’ai obtempéré. Elle a pris sa première cuillérée mais n’a pas réussi à avoir sa bouche, sa cuillère s’est retournée sur son petit nez. Elle en a ri, moi également, et elle est repartie pour sa représentation. Son second essaie se révéla positif, un coup de chance, moitié dans la bouche, moitié à dégouliner sur le menton. Mais la suite fut un maquillage en bonne et due forme, entre les joues, le cou et la serviette, ses yeux ayant été miraculeusement épargnés.
Après un petit coup de nettoyage rapide pour ne pas laisser Marion en tenue de mardi gras avant l’heure, je lui ai laissé son petit gobelet d’eau pour qu’elle boive seule. Bien m’en a pris, j’aurais simplement dû mettre des plantes en dessous d’elle pour qu’elles profitent de l’arrosage, elle a tout renversé sur elle au moment où elle a pris l’anse, cela lui a fait tout drôle de se retrouver mouillée, et elle en a joué en tapotant sur la petite flaque qui restait sur son plateau. Elle se sentait comme dans le bain, elle pouvait éclabousser et s’arroser, et je préférais ne rien lui dire plutôt que de faire les gros yeux, j’en rigolais avec elle tout en lui envoyant également un peu d’eau sur le visage, de bonne guerre pour celui quoi allait devoir ensuite tout nettoyer.
Elle a continué avec sa semoule au lait. En poussant un peu trop sa cuillère vers le rebord de l’assiette, elle a dérapé et sa cuillerée a volé pour finir sa course sur sa tête. J’étais écroulé de rire, je n’avais malheureusement par le caméscope avec moi, une prochaine est à prévoir. Elle ne comprenait pas où était parti le contenu de sa cuillère, et pensant sa cuillère responsable de la disparition, elle l’envoya valdinguée avec le reste de semoule encore dessus par terre, poursuivant la redécoration de son univers. C’était plus facile pour Marion de manger avec sa main, et elle ne s’est pas fait prier, tu aurais vu la catastrophe, je me cachais les yeux pour ne pas voir le jeu de massacre, et cela amusait Marion qui étalait la semoule sur son visage, une bonne crème de soin pour le jour. Et puis, une main, ce n’était pas suffisant, alors elle a amené sa jumelle pour jouer avec !
Elle a quand même réussi à avoir sa bouche de temps en temps, elle en était même toute contente, et si tu l’avais vu essuyer ce qui tombait sur elle pour le consommer… Notre petite puce est une vraie cochonne, mon amour, et le pire, c’est qu’elle prend plaisir à faire cela. Je ne sais pas de qui elle tient pour cela, mais je peux te dire que cela ne vient pas de mon côté… Je n’avais plus qu’à l’emmener tout habillée sous la douche pour la nettoyer complètement. Son pyjama n’en était plus un, son bavoir, je ne t’en parle même pas, j’avais pour vague souvenir que sa table était blanche à l’origine et que j’avais nettoyé par terre avant le tsunami. J’ai eu le temps de prendre une photo du cliché final pour ajouter à son album de ses différents déguisements.
J’ai mis toutes ses affaires à laver, je l’ai complètement débarbouillée et ensuite, elle m’a regardé nettoyer par terre. Je me suis battu avec elle car elle voulait aller marcher dedans, et je la retenais d’une main tandis qu’avec l’autre, j’essayais de laver par terre avec le balai, c’était folklorique ! J’étais content lorsque j’ai été la coucher, le silence est surtout le calme est retombé, j’ai pu finir de ranger et de nettoyer tout ce qu’il me restait. Mais quelle franche partie de rigolade, Marion est un ange et un petit démon quand elle s’y met, elle te ressemble tant, si tu la voyais…
A l’heure où je t’écris, j’ai replié toute la scène de spectacle, en attendant le prochain, mais le prochain, j’aimerais tellement que tu sois spectatrice avec moi, que tu tombes de rire dans mes bras, et que tu sois fière de notre petit amour. Tu me manques tellement, Caroline, si je n’avais Marion, je ne serais plus ici, mais auprès de toi. Je t’aime autant que Marion aime à manger toute seule, comme une grande…

Ton Ptit Caillou

28 Août 2007

Publié le 17/03/2008 à 12:00 par messageinabottle
Mon étincelle du jour,

Le jour ne se lève plus comme avant, le soleil a du mal à s’extirper de son lit céleste, sa couverture nuageuse reste souvent au-dessus de sa tête, et de timides rayons viennent illuminer le paysage, juste pour lui offrir quelques couleurs pastel et non les couleurs flamboyantes auxquelles nous étions habitués. Depuis que tu n’es plus là auprès de moi à chaque réveil, je n’ai pas ma dose de sourire, comme certains ont leur dose de café pour que leur journée se déroule sous les meilleurs auspices, tu m’offrais ma dose de sourire afin que plus rien ne puisse me contrarier dans la journée, il était si merveilleux, si empli de douceur et de délicatesse, comme une magie à la morosité, un remède face à toutes les agressions de la journée…
Ce sourire, tu l’as transmis à Marion, que j’aime la voir me sourire alors que je viens la chercher dans son petit lit le matin, mais ce n’est pas le tien, il n’y aura plus cette petite étincelle qui faisait battre mon petit cœur à chaque fois que je le voyais… Et aujourd’hui, les gens ne savent plus sourire, j’ai l’impression que cela ne fait plus partie de leur vie, ils ne savent plus ce que c’est que de sourire, surtout dans les grandes villes, tu te rappelles lorsque nous étions sur Paris, les visages étaient gris et fades et non illuminés par les sourires.
Lorsque nous sourions aux gens, nulle réponse, pratiquement du mépris, à croire que les gens pensaient que nous étions fous, pourquoi sourire dans la rue à des inconnus, de quel asile nous étions sortis pour croire encore que les gens savent sourire… Les femmes ne répondaient pas aux sourires que je pouvais leur adresser, c’était comme une marque d’agression pour certaines, non pas que mon sourire pouvait faire peur aux enfants dans les jardins publics, mais à force d’être accostées par moult quidam indélicat et lourd au final, elles ne répondaient plus à ce qui pouvait ressembler à une méthode de drague alors que ce n’était qu’une simple preuve de courtoisie. Oui, cette preuve de politesse était devenue désuète, elle voulait dire autre chose.
Que de fois nous étions rentrés dans des boutiques où les grises mines étaient de rigueur, où notre sourire gênait, faisait tâche avec l’environnement humain, comme une agression par l’exposition de notre bonheur aux yeux des autres, alors que le marasme quotidien n’était que leur bonheur à eux. Combien de fois avons-nous pris les transports en commun sous les regards interrogateurs des voyageurs, aigris par leur journée de travail, par leur patron exaspérant, et par la durée de leur trajet pour rentrer chez eux, sans compter les éventuelles périodes de grève, combien de fois nous a-t-on demandé si nous allions bien, qu’est-ce qui nous faisait sourire…
Ce qui me faisait sourire, c’était simplement d’être avec toi, de savoir que le soir je te retrouverais, d’imaginer la douceur de ton visage et les bêtises que tu me ferais rien que pour me faire tourner en bourrique, de me souvenir de tes petits souffles dans mon cou ou lorsque tu jouais à cache-cache avec moi en me planquant mes affaires, de revoir ton regard alors que le soleil sur l’étendue bleue se couchait, de t’imaginer Maman alors que ton ventre s’arrondissait et que tes joues amplifiaient la bonhomie de ton sourire, d’entrevoir notre futur…
Les gens ne savaient plus sourire, ne serait-ce que devant une personne nécessiteuse, même devant leurs enfants, il n’était pas de mise de leur adresser ce petit sésame qui remplit de joie les chérubins. Sourire semble devenir comme les vieux métiers dans les grandes villes, cela a tendance à disparaître, et lorsque nous sommes arrivés ici, c’était le paradis, le sourire était naturel, il ensoleillait le visage des gens, il donnait une autre couleur aux paysages, et ajoutait à la chaleur des mots comme « bonjour » ou « vous allez bien »… C’est aussi pour cela que nous nous sentions si bien ici, que nous avions emménagé pour profiter de ce petit coin de paradis…
Mais ton sourire, je ne le verrais plus que sur des photos, je ne le regarderais plus qu’à travers nos vidéos, je ne le dessinerais plus qu’à travers mes souvenirs, je ne le caresserais plus qu’au-delà de mes rêves, je ne le sentirais plus qu’au fond de mes pensées, mais sa chaleur ne viendra plus m’éveiller le matin, sa candeur ne viendra plus me cueillir au réveil comme la rosée sur un brin d’herbe, et sa lumière ne me permettra plus de retrouver mon chemin lorsque je serais perdu dans le dédale de mes pensées après une journée de travail… Je suis seul, et même si Marion est à mes côtés, tu me manques, mon amour, mon sourire ne rencontrera plus jamais le tien, plus jamais… Si je pouvais encore te dire « je t’aime » dans les yeux, et non l’écrire sur ce petit bout de papier…

Ton Ptit Caillou

27 Août 2007

Publié le 16/03/2008 à 12:00 par messageinabottle
Mon espérance,

Encore une journée où je me réveille loin de toi, sans ton sourire à mon réveil, sans ton odeur pour éveiller mes sens, et ce matin, j’ai regardé ce présent d’amour de Grégory, je l’ai regardé longuement et j’ai repensé à tout ce qu’il m’a dit lorsque nous avons été à Disney, j’ai repensé à cette journée et à toutes les confidences que ce petit homme m’a faites, je ne pensais pas que tu pouvais autant manquer à d’autres personnes que Marion et moi, et pourtant, je l’ai compris avec lui…
Depuis que tu n’es plus là auprès de lui, Edwige m’avait dit qu’il avait changé, il s’était à nouveau renfermé sur lui-même, il ne parlait pratiquement pas aux autres enfants, il restait seul dans son coin, comme un retour à ses origines, au moment où il était arrivé au centre. Il n’arrive pas à se confier aux autres, il ne veut parler de ce qui le ronge, aucun adulte ne réussit à lui offrir ce que tu lui offrais, une relation mère enfant, emplie de tendresse, une patience et un échange. Les autres enfants se moquent de lui, il n’est pas comme les autres, la trisomie l’isole des autres, et pourtant, c’est un enfant plein d’amour, d’humanité, de tendresse qui ne voit pas le mal, et qui ne le fait pas, un petit ange, tout simplement.
A chaque fois qu’il me voit, son visage s’éclaircit, et il court vers moi pour me faire des câlins, me serrer si fort que, parfois, j’ai du mal à respirer. Il sait que je suis un lien vers toi, il se souvient de ce que je suis pour toi, l’homme qui a essayé de lui prendre sa « Maman », celui qu’il n’acceptait pas au départ, avec qui il était en concurrence, mais qu’il a appris à connaître au fil du temps, à ne plus se méfier au fur et à mesure et de la manière où tu lui as présenté la chose, que jamais je ne couperais ce lien qu’il peut y avoir entre vous deux, qu’au contraire, je serais également là pour lui, il pourrait tout me dire, et c’est ce qu’il a fait au cours de notre journée à Disney.
Tout au long de la journée, il s’est serré contre moi, il avait besoin de mes caresses, il me serinait qu’il était content que je sois là avec lui, que moi, je l’écoutais, que je le comprenais, que je n’étais pas méchant comme les autres, que je ne me moquais pas de lui comme le font les enfants, que je le comprenais sans le faire répéter comme le font les autres animateurs du centre qui le faisaient exprès. Je lui ai expliqué que non, mais que certains adultes ne comprennent pas bien tous les mots, que tous n’ont pas la même patience, la même écoute comme tu l’avais et comme tu me l’as enseignée. Il n’a plus personne avec qui parler depuis ton départ, Edwige essaie d’être là pour lui, mais il s’y refuse, il ne dit pas ce qui le travaille au fond de lui, il ne la juge pas assez bien pour l’écouter…
Il exultait devant chaque attraction, en me demandant si tu avais aimé la faire à chaque fois, question à laquelle j’acquiesçais, il me racontait tous les dessins qu’il faisait pour toi, tous les mots qu’il écrivait, il gardait tout cela dans son cahier, pour te le donner quand tu reviendrais, oui, quand tu reviendrais… Il me racontait tout ce que vous aviez vécu, il a une mémoire exceptionnelle, je ne pensais pas qu’il se souviendrait d’autant de détails. Il m’a demandé des nouvelles de sa peluche, et je lui ai répondu que c’était Marion qui en prenait soin. Mais là où mon cœur s’est serré, c’est lorsque je lui ai demandé pourquoi il n’arrivait pas à discuter avec les autres éducateurs. Il m’a avoué qu’il avait peur de s’accrocher à un autre adulte, car si tu étais partie, c’est qu’il avait fait une bêtise, que c’était de sa faute, et il ne voulait pas que cela se reproduise…
Je ne savais plus quoi répondre à cela, comment lui dire que ce n’était pas de sa faute, que c’est le destin qui était responsable de cela, que tu n’étais plus, sans que cela le traumatise, car lui dire que tu ne reviendrais plus le renfermerait dans sa bulle définitivement, je devais continuer à lui mentir pour le faire espérer, lui parler de toi dans ton long voyage, lui dire que tu pensais toujours à lui, qu’il te manquait, afin qu’il croie encore en demain. J’avais la voix qui tremblait sous l’émotion, je lui expliquais que tu étais partie pour le travail, que c’était long aussi pour Marion, pour moi, mais que bientôt, elle reviendrait et qu’en aucun cas tu n’étais partie à cause de lui. Tu souhaitais qu’il se rapproche également d’un autre adulte en attendant, que même si ce n’était pas toi, il serait également à ton écoute, et moi, j’étais aussi là pour lui, dans les joies et dans les peines, il pouvait compter sur moi, il pouvait m’appeler, il pouvait venir à la maison, cela ferait plaisir à Marion, que je serais toujours là pour lui.
Nous avons mêlé nos larmes de joie, il était heureux que je lui dise cela, que je sois là, avec lui, et nous avons oublié cette discussion, nous avons profité de notre journée, comme deux enfants, et lorsque nous nous sommes séparés au retour, nous nous sommes enlacés, un gros câlins pour lui dire que j’étais là, que je ne partirais pas et il est parti en tenant la main d’Edwige, chose qu’il ne faisait plus depuis longtemps, et dans un signe de la main, il s’est éclipsé dans le centre…
Petit ange, il est si empli d’amour, j’ai eu si mal de lui travestir la vérité, tu lui manques tant, tu me manques tant… Mais je conserve au fond de mon cœur tout ce qui me rattache à toi, Grégory en fait parti, et il est si attachant, si affectueux. J’aimerais tant que tu sois là avec nous, tant que tu sois auprès de nous à continuer à vivre, à respirer, à aimer… Je t’aime, ma douce Caroline, et chaque jour loin de toi est comme une torture, surtout quand je dois déguiser la vérité à un petit garçon trisomique qui ne jure que par toi…

Ton Ptit Caillou

26 Août 2007

Publié le 14/03/2008 à 12:00 par messageinabottle
Mon tendre et unique amour,

Mes petits yeux se sont ouverts sur le coussin que Grégory voulait t’offrir, ce petit coussin en forme de cœur avec deux êtres qui s’aiment, Mickey et Minnie, comme nous nous aimions. Mes yeux ont pleuré de l’apercevoir ce matin, ce tendre cadeau d’un enfant si empli d’amour, et à qui je ne peux dire la vérité sur toi, car je sais que je le briserais, je ne peux lui laisser que l’espérance, cette espérance que tu vas revenir auprès de lui, pour réveiller le soleil au-dessus de lui qui s’est éteint alors que tu disparaissais au loin pour lui… Ce petit coussin, si simple et si beau, symbole d’un amour qui ne brillera plus que dans le cœur d’un enfant trisomique…
Je me suis ressaisi, il le fallait, j’allais partir chercher Marion chez ta Maman pour lui offrir les petits cadeaux que je lui ai ramenés, et les yeux mouillés, cela ne l’aurait pas fait. Une bonne douche chaude et régénératrice, rien de tel pour se sentir mieux, un homme neuf pour un petit ange de tendresse à qui son Papa allait faire plein de papouilles en la récupérant. Ce que j’ai fait d’ailleurs, elle était heureuse de me retrouver, en criant « Papa », son visage était lumineux, je l’ai serrée fort dans mes bras, notre petit ange. J’ai parlé un peu avec ta maman avant de repartir à la maison pour les surprises de Marion.
Si tu avais été à nos côtés quand Marion est rentrée et qu’elle a aperçu ses cadeaux, elle était comme une petite folle, tant de paquets cadeaux à ouvrir avec les personnages de Disney. De sa démarche titubante, je lui tenais la main et elle me tirait pour que j’aille plus vite vers les cadeaux. Elle s’est laissée choir sur son séant devant les paquets et à commencer à les scruter. Bon d’accord, elle était plus fascinée par les emballages et à me montrer Mickey, Minnie et consorts qu’elle me désignait avec des « oh » et des « ah », que par les contenus des paquets pour le moment, mais cela allait changer ensuite. Bon d’accord, les deux premiers paquets qu’elle a ouverts, c’était sa parure de lit, pas si intéressant que cela de se retrouver avec des grandes voiles dont elle ne connaît l’utilisation et sur lesquels plus elle tirait, plus il y en avait.
Sa petite tenue de fée ne lui a fait ni chaud ni froid, il est vrai que c’est plutôt nous, les adultes, qui trouvons craquant les enfants dans des tenues mimies qu’eux qui ne s’en rendent compte. Elle prenait sa baguette en me regardant, pour savoir ce qu’elle pouvait en faire, à part taper avec par terre, mais cela, pas besoin de lui dire, elle l’avait compris toute seule. Si cela avait été une vraie baguette magique, je sais ce qu’elle aurait fait, du fond de son cœur, elle aurait réclamé sa Maman pour lui faire un gros câlin et lui montrer tous les beaux cadeaux que Papa lui avait apportés…
Marion s’est attaquée ensuite aux grands paquets, les peluches. Là, Marion les a appréciés, elles étaient aussi hautes qu’elle quand elle se levait, c’était marrant à voir, elle discutait avec elles comme si elle parlait dans son langage avec des bébés comme elle. Je lui nommais Mickey et Minnie, Marion me répondait « iey » et « ni », ce qui nous faisait rire tous les deux. Je la serrais fort dans mes bras pour lui faire des petits bisous, mais elle me montrait avec insistance qu’il y avait encore des papiers à déchirer. C’était un vrai plaisir pour Marion de déchirer le papier, elle pouvait tirer dessus, le froisser, et je ne disais rien, elle me regardait à chaque fois, attendant une réaction de ma part, mais rien, je la regardais faire, alors elle reprenait de plus belle.
La découverte des poupées fut un plaisir, elle me les montrait une à une pour que je les lui nomme, et les rangeait contre les peluches dont elle se servait comme support. Elle les caressait, elle tirait sur leurs cheveux, et me les prêtait ensuite pour que je joue avec elle, pour que je fasse les voix des personnages tout en lui contant une histoire. Elle avait les yeux ébahis à regarder ses poupées évoluées devant elle comme dans un manège, cela me donnait du baume au cœur de la savoir heureuse. Mais le plus beau restait à venir, son dernier cadeau. Alors qu’elle tirait le papier, la simple secousse provoquée fit aboyer le dalmatien à l’intérieur du paquet, Marion a ouvert de grands yeux, en effectuant un mouvement de recul qui a failli la faire basculer en arrière. Elle m’a regardé stupéfaite, mais et elle n’osait plus toucher. Je l’ai donc aidé à finir de l’ouvrir, et quand j’ai sorti le dalmatien, elle a hurlé, elle était contente, je lui ai tendu et elle l’a serrée contre elle pour le caresser. Et le dalmatien a à nouveau aboyé, elle l’a jeté de peur, je me suis moqué d’elle, et je l’ai repris, en lui montrant pourquoi il aboyait. Une fois qu’elle a compris que c’était un jouet et qu’il ne lui ferait pas de mal, elle a commencé à le faire aboyer exprès, se mettant à quatre pattes devant lui pour aboyer aussi. Belle idée que j’avais eue, on offre toujours des jouets qui font du bruit aux autres pas à nous-mêmes ! Et bien sûr, si je coupais les aboiements, Marion rouspétait, alors il fallait que je le remette en marche. En plus, il avançait à côté de Marion, elle était tout heureuse.
Tu aurais vu Marion, elle était aux anges, cela faisait plaisir à voir, j’aurais aimé que tu participes avec nous, que tu joues avec elle, que tu te blottisses contre moi en la regardant s’amuser, comme n’importe quel couple le fait… Voir Marion épanouie et que tu ne sois pas là avec nous, toi qui a lui a donné la vie, toi qui est tout pour moi, me transperce le cœur… Cela ne te fera pas revenir, mais pourquoi la mort est-elle si injuste avec ceux qui s’aiment… A l’heure où je t’écris, Marion s’est endormi dans son petit lit, blotti contre son dalmatien qu’elle ne veut quitter. Elle est si belle, tout ton portrait, ma chérie, tout ton portrait… Tu me manques tant, que j’aimerais que la magie de Disney soit la nôtre et que par un coup de baguette magique, tu sois à mes côtés pour que je te dise trois mots tout simple, mais si important à mes yeux « Je t’aime »…

Ton Ptit Caillou

25 Août 2007

Publié le 12/03/2008 à 12:00 par messageinabottle
Mon tendre et unique amour,

Il est tard, très tard, je viens de rentrer à l’instant et tout est calme dehors, le velours de la nuit a endormi tous les bruits des alentours, et feutré les lumières qui pouvaient encore subsister. J’arrive de la capitale, enfin d’un château féerique à côté, j’ai passé la journée à Disneyland avec Edwige, les enfants du centre, et surtout Grégory. Edwige m’avait appelé pour me proposer d’accompagner les enfants dans le royaume magique, et Grégory m’avait réclamé. Alors, j’ai accepté l’idée, pour revenir là-bas où nous avions partagé quelques moments, pour être avec Grégory et le faire sourire, et ramener quelques souvenirs pour Marion, que j’ai laissé à ta Maman.
Tout au long du trajet, Grégory m’a parlé de tout ce qu’il faisait tout au long de ses journées, il était content de me retrouver, et il n’a pas arrêté de me demander de tes nouvelles, ce que tu faisais, si tu allais bien. J’avais du mal à lui mentir, mais il le fallait pour ne pas gâcher cette journée magique pour lui, alors j’éludais ses questions en lui en posant d’autres, et il était si excité par la journée qui s’annonçait qu’ils oubliaient les siennes pour répondre aux miennes. Un vrai moulin à paroles, je n’ai pas vu passer le temps du trajet, nous sommes arrivés devant les portes du royaume pour enfant avant que je ne m’en aperçoive…
Comme nous étions très complices avec Grégory, Edwige m’a laissé seul avec lui, elle savait que cela lui ferait plaisir, il n’est plus trop le même depuis que tu n’es plus là, il n’a plus personne à qui se confier, à qui dire tout ce qui ne va pas, à partager sa tendresse avec. Bien sûr, il n’est pas seul, mais il ne veut plus se confier aux autres, comme il le faisait avec toi, la complicité que vous aviez, il ne l’a pas retrouvé, si ce n’est avec moi, car il sait que je suis un lien avec toi, ce lien si fin qui lui permettrait de te revoir. S’il savait…
Dans le parc, il voulait tout voir, il était excité, tu ne peux savoir à quel point, enfin si, tu le côtoyais tous les jours, tu le savais. Les découvertes des univers des dessins animés l’ont passionné, il voulait les faire les uns après les autres, et nous avons fait trois fois l’attraction de Peter Pan. Tu avais dû lui en parler, ce n’est pas possible autrement, c’est la même attraction que tu préférais, où nous étions libres comme l’air à survoler la capitale de la divine Albion, tu te prenais pour Wendy et j’étais ton Peter Pan, même si je restais bien accroché à notre manège pour ne pas tomber de haut, n’ayant pas la témérité et l’insouciance de cet enfant. Grégory n’avait pas peur lui, il voulait toucher tous les personnages, il y a même failli y avoir un nain de plus chez Blanche-Neige, si je ne l’avais retenu. Tu aurais vu son regard briller, il était heureux, son visage respirait le bonheur, plus rien n’existait pour lui, que ce moment magique qu’il vivait et auquel il m’invitait avec lui.
Ensuite, direction les pirates des Caraïbes, il était fou de joie, il voulait se battre contre les méchants pirates, il croyait à un jeu, il voulait prendre une épée pour les affronter. Pendant l’animation, je devais le tenir pour qu’il ne tombe pas dans l’eau et surtout au moment des descentes. Il hurlait pendant ces descentes et s’essuyait le visage au bas alors que de fines gouttelettes d’eau l’avaient mouillé. A la sortie, je lui ai offert une épée en plastique, un chapeau et un bandeau pour mettre sur son œil, un vrai petit pirate. Il m’a serré fort dans ses bras pour me remercier, il avait les larmes aux yeux, et m’a fait couler les miens, tant d’amour dans ce petit ange.
Equipé de sa nouvelle tenue qu'il se plaisait à montrer à tout le monde, nous avons été faire le train de la mine, car je ne me sentais pas faire le looping inversé d'Indiana Jones. Bien sûr, une ribambelle de personnes patientait comme nous, et Grégory en avait un peu assez d'attendre, il ne comprenait pas pourquoi cela n'avançait pas plus vite. Faire comprendre à un petit garçon trisomique la raison de notre attente ne fut pas simple, mais une bonne barbe à papa aide un enfant à oublier tout le reste, même quand il s'en met partout et s'amuse à essayer de m'en mettre sur moi, pour que je fasse les gros yeux, il aime tellement que je fais semblant d'être en colère. Il était écroulé de rire, et sa bonne humeur faisait plaisir à voir, même les gens autour de nous commençaient à avoir le visage qui se déridait. Et sans nous en rendre compte, nous nous sommes retrouvés devant les chariots…
Pendant une demi-heure, j'ai eu mon oreille gauche atteinte de surdité tant Grégory avait crié, pour ne pas dire hurlé pendant l'attraction. Il voulait recommencer de suite l'attraction, moi pas vraiment, et lui rappeler que le défilé allait commencer m'a permis d'échapper à un second passage dans une machine à laver! En courant, nous sommes arrivés juste à temps pour trouver une place qui nous permettait de bien voir tous les chars. Grégory était heureux, avec son petit appareil photo, il a mitraillé tous les personnages de Disney et tous les chars, il était émerveillé et sage comme une image, je pouvais profiter de la parade tout en jetant un œil sur lui, mais de manière moins paternel que dans le reste de la journée, étant plus calme et moins foufou.
La parade achevée, il s'est plein qu'elle n'était pas assez longue, qu'il en voulait encore. Je lui ai proposé d'aller voir un film en trois dimension, il a acquiescé et nous avons été voir "Chérie, j'ai rétréci le public". Il vivait le film, il essayait d'attraper les petits bouts qui venaient vers nous, et il s'est jeté sur moi quand les souris ont dévalé dans le noir. Il ne m'a plus lâché de la fin du film, et à la sortie, il me serinait que les souris lui avaient fait très très peur. Il ne nous restait plus beaucoup de temps avant le départ, alors nous avons fait du shopping tous les deux. Et nous avons fait chauffer ma carte bleue, mais quel plaisir d'offrir…
Pour Marion, j’ai ramené deux grands sacs de souvenirs, bien sûr, de grandes peluches de Mickey et Minnie, une collection de poupées des princesses Blanche-Neige, Cendrillon, la Belle, Ariel, une petite tenue de fée avec une baguette magique, un dalmatien qui aboie et qui avance, avec qui elle pourra jouer, elle qui adore tant les chiens, elle sera heureuse. Je lui ai trouvé également une parure de lit craquante, avec les personnages de Winnie l’Ourson, elle qui observe tout ce qui se passe autour d’elle, elle sera contente. J’ai hâte d’être à demain, d’aller la chercher chez ta Maman pour voir sa tête devant tous ses cadeaux. Tu la regarderas de là-haut, mais tu ne seras pas avec moi pour la prendre dans tes bras, pour la voir jubiler, être heureuse. Et tu ne seras pas là pour que je puisse t’offrir ce petit cadeau que Grégory voulait que je te fasse, qu’il a voulu à tout prix acheter pour toi, ce petit coussin en forme de cœur, avec Minnie et Mickey, que tu trouverais à ton retour…
Nous sommes repartis en car pour rentrer, Grégory s'est blotti contre moi pour me remercier tout au long du trajet, Edwige était contente de le voir ainsi, depuis ton départ, il n'est plus le même, et malheureusement, il ne le sera plus jamais, puisque tu ne reviendras plus… Il m'a beaucoup parlé de toi, de lui, de sa vie, mais je ne t'en parlerais que plus tard, car le sommeil me gagne. Il avait du mal à me quitter, il ne voulait pas me lâcher, j'avais été une bouée de sauvetage dans sa vie, car j'avais été là pour lui, comme plus personne ne le faisait depuis ton départ. Nous avons échangé nos larmes, je l'ai serré fort contre moi, comme si c'était notre fils, il est si adorable et j'aimerais pouvoir lui donner plus de mon temps, mais ce n'est pas toujours évident. Je lui ai promis de revenir le voir rapidement et qu'on passerait à nouveau une journée tous les deux comme on l'avait déjà fait dans le passé. Il m'a remis ton cadeau, et est parti avec Edwige, en me faisant signe de la main…
Une journée riche en émotion, entre la joie et la peine, avec ton fantôme au-dessus de nous, avec le voile de souvenirs qui nous étreignait… Tu nous as tant manqués, mon amour, nous étions tous les deux avec Grégory et pourtant nous étions si seuls, lui d'avoir perdu la seule personne au monde qui comptait pour lui, moi d'avoir perdu la femme de ma vie, la prunelle de mes yeux, mon ange de vie… Devant certaines attractions, j’avais des frissons, car parfois, je t’apercevais et tu disparaissais dans un voile de lumière… J’en avais le cœur serré de ne pouvoir partager à nouveau une journée avec toi dans ce lieu magique où tu étais ma princesse de conte de fées… J’aurais voulu encore te dire « je t’aime » devant ce château…

Ton Ptit Caillou

24 Août 2007

Publié le 10/03/2008 à 12:00 par messageinabottle
Mon phœnix céleste,

La bonne humeur a résonné dans le jardin ce jour grâce à Marion, ou au détriment de Marion, devrais-je écrire. Le soleil nous baignant de ses rayons, nous en avons profité pour respirer le bon air des nos fleurs parfumant l’air de leurs arômes divers. Une petite sieste à l’ombre des arbres nous a tendu les bras, tu devais également en profiter avec nous, je te sentais contre moi alors que je m’assoupissais dans la chaise longue. Je me suis mis de telle manière que tu puisses te blottir sur moi en toute quiétude. Marion somnolait à côté de moi dans son petit parc que j’avais sorti pour l’occasion, lui aménageant un beau petit lit douillet pour qu’elle se repose à l’abri du soleil.
J’ai du m’assoupir un moment parce que j’ai été réveillé par Marion qui m’appelait, comme pour me dire que j’avais assez dormi, qu’il était temps que je me lève pour la sortir de son parc dans lequel elle trônait debout, et qu’elle voulait partir en voyage dans le jardin, pour se promener sans être obligée d’avoir son Papa avec elle. Tu devais déjà être éveillée et auprès de Marion, je ne te sentais plus sur moi, je me suis donc levé et j’ai sorti Marion de son parc pour qu’elle puisse gambader à travers notre paradis vert que nous avions aménagé ensemble.
Marion a commencé à avancer prudemment pour ne pas perdre l’équilibre et a aperçu une jolie fleur jaune dans l’herbe. Plutôt que de se baisser, elle s’est laissé tomber sur les fesses, sa couche amortissant le choc. J’ai constaté un peu plus tard en la changeant qu’il n’y avait pas que la couche qui avait amorti, elle avait un joli petit postérieur tout chocolaté ! Elle a ramassé la fleur puis me l’a montrée. Je lui ai demandé si c’était pour Maman, elle m’a répondu oui, puis s’est redressé pour en cueillir d’autres, non sans avoir écrasé la première dans sa main. Une fois debout, elle a poursuivi son petit bonhomme de chemin dans le jardin, je l’observais du coin de l’œil pour éviter qu’elle ne fasse de bêtises, et surtout, qu’elle ne se fasse du mal.
S’approchant de sa prochaine victime, son regard fut happé par quelque chose de bizarre, qui bougeait sans cesse, pour se poser sur les fleurs un instant. Un joli papillon avait attiré son attention, les couleurs vives de ses ailes flamboyantes de rouge la fascinaient, et il était plus joli que les fleurs qu’elle ramassait sur la pelouse. J’ai vu son petit manège, et je savais ce qui allait se passer. Marion se dirigea vers ce petit insecte virevoltant alors qu’il était en train de faire ses provisions et au moment où elle allait s’en emparer, il s’est envolé, sous un « oh » de Marion, qui me regarda alors que je moquais d’elle en souriant. Le petit papillon s’étant reposé plus loin, Marion repartit dans sa direction, ne s’avouant pas vaincu. Et une fois sur place, la main en avant, le papillon la nargua en déployant ses ailes et en tournoyant autour de son bras.
Marion ronchonnait, elle n’était pas contente que sa « fleur » volante ne se laisse pas cueillir comme les autres, moi je commençais à rire, tout en me cachant. Marion était marrante à se dodeliner comme un automate vers la nouvelle position du papillon, farouchement déterminée à l’attraper. Espiègle, elle s’est mise à quatre pattes pour s’approcher de lui, tout en teintant de vert sa petite jupette frottée sur le gazon. Ce n’était pas grave, c’est Papa qui lave ! Elle continuait sa progression, le papillon ne bougeait pas, j’avais l’impression de voir un félin se préparer à bondir sur sa proie. Au dernier moment, elle envoya sa main, le papillon s’enfuit et Marion, déséquilibrée, s’affala de tout son long dans l’herbe. Elle chouina, mécontente de sa position. Je suis venu la relever et la consoler, et automatiquement, elle cessa sa complainte.
Sa proie n’était encore pas très loin d’elle, elle reprit sa chasse, elle voulait sa « fleur », elle l’aurait. Elle se mit à avancer plus vite, comme pour courir, ce qui n’était pas gagner pour une petite puce de son âge, la couche faisant ventouse avec tout son contenu. Je rirais de la voir ainsi, et tu devais aussi sourire en voyant cette image de notre petit amour. Et à chaque fois qu’elle s’approchait avec sa démarche pataude, le papillon ne demandait pas son reste et s’enfuyait, loin de ce monstre bipède qui voulait porter atteinte à sa liberté.
Elle tournait dans le jardin, cela a dû durer une bonne demi-heure, et à chaque fois, le petit papillon tourmentait Marion en se moquant d’elle, en n’attendant pas qu’elle le cueille. Et ce qui devait arriver arriva, le petit insecte prit son envol pour aller butiner plus loin, Marion le regarda s’éloigner d’elle sans ne rien pouvoir faire, déconvenue de ne pas avoir pu cueillir cette jolie « fleur » volante pour sa Maman. Mais elle t’a offert un joli moment de plaisir, comme seuls les enfants peuvent offrir aux parents, celui de la pureté, celui de la naïveté. J’aurais aimé que tu sois là avec nous à assister à la première chasse au papillon de Marion, et même si elle en est rentrée bredouille, la plus jolie fleur était elle, avec sa main jaunie par le bouton d’or écrasé, avec sa robe verdoyante sur la partie basse et avec ses petites fesses chocolatées. Et une fleur comme cela, cela vaut tous les papillons du monde, car un moment comme elle nous en a offert, j’en redemande, et je sais qu’au fur et à mesure qu’elle se débrouillera seule sur ses petites jambes, elle m’en fera partager d’autres…
Tu es là sans l’être, tu es auprès de nous tout en étant loin, mais notre amour nous unit, et mon cœur t’envoie tout l’amour de notre Marion à travers mon esprit, à travers les frontières qui nous séparent pour te faire partager notre émotion. Mais tu nous manques tant, j’ai tant besoin de toi, ma chérie, tant besoin de toi pour te dire les yeux dans les yeux combien je t’aime….

Ton Ptit Caillou

23 Août 2007

Publié le 09/03/2008 à 12:00 par messageinabottle
Mon amour,

Regarder les vagues s’échouer sur la plage sans toi est difficile, car nous adorions le faire, s’imaginer au loin sur une île déserte, seule au monde, amoureux comme nous l’étions… C’était un moment simple, et pourtant si relaxant, si reposant, tout le stress de la semaine s’évacuait devant la sérénité de la nature, le bruit des vagues arrivant en défilé à nos pieds estompait les cris des enfants que tu avais entendus tout au long de ta semaine, et j’en oubliais les petits tracas de mes cinq jours de travail. Le flot ne s’arrêtait jamais, et certaines vaguelettes venaient nous lécher les orteils, les moutons se dessinaient au lointain pour surfer sur l’onde avant de venir se déposer sur les galets.
Mais tu n’étais pas à nos côtés aujourd’hui, nous sommes allés sur la plage avec Marion, histoire de profiter d’un bain de soleil et d’un bain de foule. Les gens étaient de sortie, la clémence des températures et des astres le permettaient, et nul ne s’en gênait, notre été ayant été catastrophique. Rouler avec la poussette est toujours un plaisir sur les galets, cela fait un peu tout terrain, et Marion adore quand la poussette fait des soubresauts, cela la faisait rire comme à son habitude, et elle faisait sourire les gens sur notre passage. Une fois un emplacement libre trouvé, je lui ai aménagé un petit coin avec les galets pour qu’elle ne se fasse pas trop mal, et je l’ai tartiné de crème protectrice pour éviter qu’elle ne devienne rouge ce soir, et n’attrape du mal, et pour finir, une petite casquette pour lui donner l’air d’un coureur.
Quelques-uns s’osaient à aller dans l’eau, elle ne semblait pas fraîche, alors j’ai emmené Marion, un peu réticente au départ, mais une fois dedans, elle ne voulait plus en sortir. J’avais pris avec moi sa petite bouée canard jaune, elle adorait pédaler pour avancer, tout doucement, un vilain petit canard prêt à devenir un joli cygne, comme l’était sa Maman, comme l’est toujours sa Maman, là-haut, avec ses petites ailes blanches d’ange. De temps en temps, je l’éclaboussais et elle poussait de petits cris avant de rire. Mais les cris furent différents quand j’ai voulu la faire sortir de l’eau, elle ne voulait pas, et si je l’avais écouté, ce n’est plus une fille que nous aurions, mais un sharpei.
Heureusement, un bruit a attiré son attention, et elle s’est vite calmée alors que je la ramenais pour la sécher dans sa grande serviette. Juste s’installant derrière nous, un couple avec un cocker, et les aboiements du petit cocker lui ont fait oublier pourquoi elle pleurait. Elle me faisait « wouh, wouh » en montrant le cocker du doigt, voulant aller le toucher. Il semblait jeune et pas farouche, il tirait sur sa laisse pour aller jouer avec Marion. Et bien sûr, Marion ne voulait qu’une chose, c’est que j’arrête de l’essuyer pour aller le rejoindre, à quatre pattes, sans se soucier des galets qui pourraient lui faire du mal à ses petites mains ou à ses genoux.
Le petit chiot, à force de tirer sur sa laisse, a réussi à faire lâcher prise à ses maîtres et nous a rejoint, je l’ai retenu au passage, sinon, il renversait Marion dans son élan. Il lui léchait déjà le visage, et elle l’enserrait avec ses petits bras. Il la lavait littéralement, et elle rigolait avec lui, c’était une vraie petite peluche pour elle. Elle roulait sur sa serviette et il continuait à la lécher avec tendresse, une véritable complicité, comme s’ils se connaissaient déjà et qu’ils se retrouvaient. Marion l’enserrait dans ses bras, mais le cocker ne disait rien, il était heureux, il remuait sa queue de joie. Ses maîtres et moi regardions le spectacle, amusés, Marion se débattait avec ses jambes pour le repousser, mais le cocker continuait à la laver de plus belle.
J’ai pris le cocker dans mes bras pour laisser à Marion le temps de respirer, et il essayait aussi de me lécher, affectueusement. Marion s’est redressée et l’a caressé, un peu sèchement, comme le font les enfants, mais il ne disait rien, il était content de partager l’affection d’un enfant, il sentait que Marion ne lui voulait pas de mal. Marion voulait le tenir contre elle, mais il était trop lourd et surtout trop fort pour elle, elle aurait eu droit à une seconde douche de coups de langue. Elle lui parlait en faisant « wouh wouh » et cela excitait le cocker encore plus, il voulait s’échapper de mes bras, et ses maîtres sont arrivés pour le prendre. Il voulait continuer à jouer, la vigueur de sa jeunesse le motivait et l’affection de Marion l’encourageait. Ils ont préféré partir pour ne pas continuer à importuner les gens autour. En partant, Marion, assise , les mains sur ses jambes, lui faisait coucou de sa petite main comme je lui avais appris à le faire, et le cocker aboyait pour lui répondre. Marion était heureuse…
Oui, cela me faisait du bien de la voir ainsi, heureuse, pleine de joie. J’ai parfois l’impression de ne pas être un assez bon Papa malgré tout ce que j’essaie de faire, je ne peux remplacer le manque qui va s’installer de plus en plus pour elle, le manque de sa douce Maman… Prendre un animal de compagnie, je ne sais encore, j’ai pu voir que Marion jouerait avec, mais il faut aussi s’en occuper, et pour le moment, m’occuper de Marion est un métier à plein temps le soir. Si tu étais là, auprès de nous, tout serait si différent, notre vie serait si différente, emplie de bonheur, d’amour… La vie n’est pas celle que nous avions souhaitée, n’est pas celle dont nous rêvions, ton absence est si pesante, ma chérie, toi que j’aime à la folie, car fou, je dois l’être…

Ton Ptit Caillou

22 Août 2007

Publié le 07/03/2008 à 12:00 par messageinabottle
Ma lueur dans mes ténèbres,

Jouer avec Marion est toujours un plaisir, revenir en enfance me fait du bien, l’âge où nous étions totalement insouciants, où rien ne comptait pour nous, où nous ne passions nos journées qu’à jouer, manger et dormir. Oui, c’était la belle vie, nourris, logés, blanchis. Nous n’avions rien à faire, on nous apportait les jouets, on nous préparait notre repas, on nous lavait, on nous bichonnait, on nous habillait avec des vêtements qui sentait toujours bon. Bien sûr, nous avions aussi des contraintes, ce poids mort qui nous enserrait la partie centrale de notre corps, et qui nous barbouillait les fesses. Il y avait aussi les méchants moments où nos parents prenaient plaisir à nous faire pleurer en nous mettant des produits dans le nez, où en nous faisant boire des sirops au goût infect.
Alors, aujourd’hui, j’en ai profité, après lui avoir mitonné un délicieux repas, un petit couscous. Marion adore la semoule, c’est marrant, elle peut jouer avec et faire plein de bêtise en faisant tomber sa cuillère dedans, les petits grains s’éparpillent partout et elle peut y mettre les mains dedans sans que cela colle. Bon, il est vrai que je ne fais rien pour arranger les choses, j’aime bien aussi faire des bêtises avec elle, jouer aux billes avec les petits grains de semoule m’amuse, sans les avoir tremper dans la sauce, sinon cela colle et je suis obligé de laver encore plus ses vêtements.
Deux petits suisses fraises comme elle adore poursuivait son repas, elle ne se fait jamais prier pour dévorer, et je t’écris bien dévorer les petits suisses à la fraise. Si je lui donnais plus de petits suisses, elle les mangerait tous, elle m’en réclame toujours encore quand elle les a finis. Et elle ne peut s’empêcher de terminer son repas par son petit biberon de lait, qu’elle tête délicatement en me regardant avec ses yeux de petit ange qu’elle ait pour moi. Une fois le lait absorbé, je l’ai prise contre moi pour lui faire faire son petit rot, avant que nous n’entamions une seconde partie de jeux précédant sa petite sieste.
Nous avons commencé par les petits sauts de kangourou à travers le salon, Marion adore sautiller surtout que je lui permets en la portant de sautiller sur la table basse, sur le canapé, sur la table. Tu l’aurais vu, elle rigolait, elle était heureuse. Ensuite, un petit peu de repos en faisant le cheval, « à dada sur mon bidet », où elle adore glisser lorsque je la fais descendre entre mes jambes. Deux gamins en train de jouer, tu as dû nous voir de là-haut, une véritable complicité entre fille et père. Après cette petite pause, nous avons repris par l’ascenseur, entre sol et au-dessus de ma tête, Marion se propulsant en fléchissant sur ses petites jambes, jeu lui permettant de se muscler en même temps le bas du corps pour être plus stable debout. Elle adorait être au-dessus de moi, plus grande que son Papa, et se prendre pour une femme fusée.
Et qui dit fusée dit vol, alors j’ai poursuivi avec l’avion en tournant et tournant. Je la faisais monter et descendre en tournoyant, elle rigolait encore et encore, tu l’aurais entendu, comme des cris tellement elle prenait du plaisir. Mais je crois que j’ai fait une bêtise à ce moment-là, mais je ne l’ai pas réalisé sur le coup. J’ai arrêté de faire l’avion, et c’était l’heure de la sieste, alors j’ai pris Marion sur mes épaules pour l’amener dans sa chambre, tout en continuant de faire l’imbécile, en courant et en sautillant, et là, le drame…
Oui, c’est là que je me suis rendu compte que Marion venait juste de finir de manger, et donc qu’elle était en phase de digestion. Et ce qui devait arriver arriva, Marion a vomi tout son repas sur ma tête, une jolie douche que son idiot de Papa n’avait pas vu arriver avec ses gamineries. Bien sûr, cela a fait mal à Marion qui s’est mise à pleurer, tu as dû rire en nous voyant, le tableau était plutôt cocasse, j’avais notre puce dans les bras, elle était couverte de vomi et moi, je dégoulinais en en mettant partout et en lui en ajoutant sur elle. En te l’écrivant, j’en souris, mais pas tout à l’heure, je n’étais pas à l’aise, entre moi qui en mettais partout, Marion qui pleurait, et il fallait que j’essaie de rejoindre la salle de bain en en mettant le moins possible par terre. La catastrophe, j’ai passé l’après-midi à tout nettoyer !
J’ai réussi à changer Marion, à lui faire sécher ses larmes, avant que je ne m’occupe de moi, juste une serviette sur la tête pour éviter de poursuivre le jeu de massacre et mes affaires au sale. Elle était contre moi, elle suçait son pouce, pauvre petit ange, tout cela à cause de son Papa qui n’avait pas réagi en adulte. Je l’ai cajolé, nous avons fait un câlin, et elle s’est assoupi contre moi, oubliant sa mésaventure de midi. J’ai passé mon après-midi à tout nettoyer, entre une douche pour que je n’en mette plus partout, laver le sol et nettoyer le parquet, plus une lessive pour oublier mes bêtises…
Quand j’y repense, je souris, j’en rigole même, et tu aurais été auprès de moi, tu m’aurais grondé comme on gronde les enfants, j’avais eu le même comportement irresponsable. J’aurais aimé que tu me grondes, oui, car cela signifie que tu étais auprès de nous, que tu es encore là, que Marion connaît sa Maman, et que… Tant de choses que je voudrais t’écrire, mais une chose surtout, au regard de ce jour, j’essaierais de me comporter un peu plus en adulte et un peu moins en gamin. Tu me manques, ma douce Caroline, tes mots et ta candeur me manquent. Je t’aime encore plus qu’hier, mais bien moins que demain, et tu ne peux savoir à quel point, si c n’est en écoutant les battements de mon cœur…

Ton Ptit Caillou
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