Posté le 06.09.2007 par messageinabottle
Mon ange de cristal,
Les jours s’égrainent et mon cœur saigne de plus en plus, je me lève chaque jour, mais le cœur n’y est plus, c’est la période qui veut cela, et le sourire de Marion n’y peut rien, je ne peux sortir de mon esprit que nous devions être dans la dernière ligne droite de notre mariage, mon amour. Oui, tous ces moments intenses de stress que nous devions vivre, toute cette pression que nous devions endurer, comme tous les couples avant de partager leurs promesses, ils ne seront, ils ne se réaliseront jamais…
Malgré ta grossesse, nous envisagions déjà un peu la manière dont nous préparions cette journée. Pour le faire-part, nous étions d’accord pour mettre une photo de notre petit amour, avec une petite phrase du style « Ma Maman et mon Papa ont le plaisir de vous inviter à leur mariage, mais surtout répondez-leur vite, sinon ils seraient capable de se marier sans vous !!! ». Nous voulions quelque chose d’humoristique pour casser avec la solennité du moment. Tu pensais même mettre un ultimatum du style « si vous ne venez pas, vous serez responsable de notre séparation »… Nous en rigolions d’avance d’imaginer la tête des gens en ouvrant le faire-part !
Nous avions également prospecté aux alentours pour trouver une salle où nous pourrions également profiter d’une cour en cas de beau temps, pour le feu de la Saint Jean que nous voulions allumer pour illuminer l’été de notre amour. La mairie et l’église tombaient sous le sens, et comme tu étais baptisée, alors que moi, non, il fallait simplement faire une dispense de disparité de culte pour que nous ayons l’accord pour nous marier dans la maison de Dieu. Enfin, quel terme barbare que cette dispense, quand le curé nous en a parlé, je me croyais revenu à l’école, avec un mot de mes parents me dispensant de sports ou autre…
Tu te rappelles aussi la tête des traiteurs quand nous leur avons parlés du gâteau que nous voulions ? Pourtant, notre envie était simple, une couche de mousse au chocolat, une couche de frangipane, le tout nappé de crème chantilly, avec des cerises griottes faisant dégouliner leur jus tout autour. Nous nous en léchions déjà les babines, mais leur multiple réaction nous ont fait revenir à plus classique. Bon c’est vrai, pour faire tenir les deux mariés en haut du gâteau, ce n’était pas simple, nous les aurions retrouvé tout au fond sous leur poids !
Si nous leur avions dit les autres délires auxquels nous avions pour notre union, je crois qu’ils nous auraient pris pour des fous. Nous en avions bien ri, quand tu as émis l’hypothèse de se marier en parachute, moi qui suis sujet au vertige et qui ne supporte pas les sensations fortes, tu me voyais vert en train de me décomposer dans les airs, pire, avec quelqu’un dans mon dos pour un saut en tandem, me mettant la pression par sa présence, en me tenant la main pour mettre l’alliance, que bien sûr, je lâcherais ! Je préférais ma version au fond de la mer, tu aurais joué la petite sirène, moi un cachalot, non pas par le poids, mais avec toute l’eau entrant dans mon costume, j’aurais gonflé comme une éponge. Cela te faisait rire, mais moins le concours de robe de mariée mouillée dont je me serais délecté, et dont tu ne voulais faire profiter toute l’assemblée au sortir de l’eau…
Le froid d’un mariage au sommet du mont blanc nous a rebutés, tu aurais attrapé une bonne pneumonie, et je me voyais mal épouser la schtroumpfette. Un aller-retour pour Las Vegas était envisageable, mais comment amener tout le monde avec nous, l’addition aurait été salée. Et si nous avions vu grand, le Pape en personne nous aurait donné sa bénédiction dans toutes les langues qu’il connaît, nous y aurions passé la journée ! Oui, retourner à Rome, comme il est dit lorsqu’on jette une pièce de dos à la fontaine de Trévise, ce que nous avions fait lors de notre week-end dans la capitale italienne. Un mariage en avion aurait manqué de piquant, à moins d’une farandole de turbulences…
Enfin, il y avait aussi le sacro-saint paquet de dragée à remettre en souvenir, dont la moitié va finir dans l’estomac sitôt les gens partis alors que l’autre moitié servira de décoration prenant la poussière au fond d’un tiroir. Nous pensions à un petit sachet type petit filet de pêche, avec un brin de blé devant, un petit nœud en paille, quelque chose de champêtre, pour être conservé aux yeux de tous, ne pas être oublié au bout de six mois, avec des dragées de toutes les couleurs, comme un arc-en-ciel de bonheur…
Mais tout ce château de rêves s’est écroulé, sous le souffle de la vie, ou plutôt de la mort, la faux de la faucheuse a ciselé toutes nos envies, tout ce que nous voulions… Caroline, tu me manques chérie, pourquoi avoir attendu si longtemps, pourquoi notre rêve ne s’est-il concrétisé, pourquoi… Tous ces souvenirs que nous aurions dû avoir, et que jamais nous ne partagerons… Chérie, je t’aime à en mourir, à vouloir te rejoindre, et si je n’avais pas Marion…
Ton Ptit Caillou
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Posté le 05.09.2007 par messageinabottle
Ma promise,
Le temps ne suspend pas son vol, il continue d'avancer inexorablement, il tente de m'éloigner de toi en tentant de gommer les souvenirs de ma mémoire, mais il ne le peut, ils sont ancrés au plus profond. Jour après jour, le compteur du calendrier se rapproche de la date qui aurait dû nous rapprocher. Oui, le jour de notre union devant Dieu... Et plein de souvenirs de nos envies me reviennent en tête. D'autant plus que nos voisins, Karine et Eric, ensemble depuis quinze ans, ont décidé de rompre avec leur vie de pêcheurs pour officialiser leur amour, et que leurs deux enfants partagent ce moment en étant les témoins de leur union.
Oui, nous imaginions déjà certaines parties de cette journée lorsque nous nous allongions l'un contre l'autre et que nous fermions les yeux. Dans l'église, je t'imaginais dans ta robe couleur crème, légère comme la feuille sous le vent, ornée d'une farandole de pétales de roses ici et là dans la partie basse, un bustier à faire pâlir de jalousie les plus grandes dames de ce monde, se mariant avec la candeur de ta peau et mettant en valeur une partie de tes attributs dont la nature avait pris soin de te doter, une coiffure d'une princesse digne des plus grands dessins animés de Walt Disney, et un délicat maquillage rendant ton regard encore plus profond et doux qu'habituellement, et donnant un éclat à ton sourire à faire fondre la haine au fond des coeurs de tout être humain... Et ce bouquet de roses blanches, symbole de la pureté de notre amour.
Tu m'imaginais en costume style rétro, un ensemble noir pour contraster avec ta candeur, un chapeau haut de forme avec lequel je ne me sentirais pas à l'aise, n'étant pas trop adepte des gibus, un gilet rouge de la poche duquel une montre à gousset laisserait pendre sa chaîne la reliant à mon pantalon, sur une chemise blanche comme neige, s'unissant correctement avec la couleur livide de mon visage sous la pression de l'évènement. Oui, même en imagination, tu me voyais fébrile, tu me connaissais par coeur, comme si tu étais ma Maman... Et nos Mamans, unis dans les mêmes larmes d'émotion et de bonheur, au premier rang derrière nous, toutes nos familles, tous nos amis, là réunis pour nous...
Nos visions se mêlaient, notre bonheur se complétait, et l'image la plus bouleversante à nos yeux était l'arrivée de notre petite Marion. Dans sa poussette décorée de fleurs qu'elle essaierait d'arracher, elle apparaîtrait dans une robe de petit ange, avec une aile de chaque côté, un petit cerceau au-dessus de sa tête, avec un peu de rouge sur ses joues pour accentuer son côté angélique. Derrière elle, une évidence pour nous, Grégory la pousserait sous le pas doux de la musique retentissant dans l'église. Nous le voyions fier, marchant bien droit, montrant qu’il était un petit homme dans son costume beige, souriant à tout le monde et s’appliquant à bien marcher en rythme avec la musique, pour ne pas aller ni trop vite, ni pas assez.
Nous avions en imagination choisis un curé avec de l’humour, pas forcément jeune, certains anciens ont aussi de l’humour, comme celui du mariage de Jean-Michel et de Sophie, nous le voyions nous taquiner un peu sur notre choix, savoir si nous étions conscients de ce que nous faisions, si nous pourrions nous supporter tous les jours de notre vie qui allait arriver, les colères de l’un, la mauvaise fois de l’autre, les petites manies de l’un, la fainéantise de l’autre, bref tous ces petits torts qui irritent le couple, mais qui feraient bien rire l’assemblée…
Et le moment de l’échange de l’alliance… En l’imaginant, nous nous étions pris la main, je sentais ta bague de fiançailles glisser entre mes doigts. Grégory avancerait la poussette, Marion gazouillerait en harmonie avec notre bonheur, et devant elle, ce petit coussin sur lequel deux petites boîtes trôneraient, contenant chacune un maillon de la chaîne qui nous réunirait à jamais. Les yeux dans les yeux, nous nous serions fait les promesses d’usage, le regard humide devant l’émotion et la joie de vivre cela ensemble, de vibrer sur le même diapason, nos mains trembleraient sur le passage des alliances, pas par le poids des responsabilités, mais par l’étreinte de l’émotion, de t’appeler de mon nom, ce qui ne changerait rien à notre amour, mais tous les deux, « Monsieur et Madame », et notre baiser charnel aurait dressé chacun comme un seul homme pour participer à notre bonheur…
Mais cet imaginaire que nous avions voulu ne sera pas, et tous nos rêves sont partis en fumée ce maudit 10 Août 2006, alors qu’un autre de nos rêves prenait forme. Ces images reviennent parfois dans mon esprit, tu aurais fait une mariée magnifique, la plus belle d’entre toutes, mais le destin en a voulu autrement. Je t’aime tant, ma pierre précieuse, j’aurais tant aimé que nos noms ne forment plus qu’un, que notre union devant Dieu soit pour toujours, mais… Sache que rien ne m’empêchera que ce mariage s’accomplisse un jour…
Ton Ptit Caillou
Posté le 04.09.2007 par messageinabottle
Ma tendresse,
Le jour se lève à peine, mais je ne dors déjà plus. Quand tu étais auprès de moi, je restais au lit, même si j'étais réveillé pour te regarder dormir. Tu aimais à me dire que te regarder dormir, c'était comme lire ton courrier intime. Alors, je lisais chaque ligne, j'apprenais les mots par coeur, j'appréciais de lire ce que tu écrivais sur moi, je me délectais de ta prose que ta plume spirituelle gravait en ta mémoire sur toutes ces lettres que tu m'adressais. Et cette lecture remplissait mon coeur de bonheur pour la journée. Mais tu n'es plus à mes côtés, plus de lettres secrètes à lire le matin, je regarde alors le soleil se lever doucement sur le paysage, j'observe les oiseaux se délecter de la rosée du matin pour faire leur toilette.
J'entends déjà Marion dans sa chambre, elle gazouille déjà, c'est son rituel du matin, gazouiller en regardant son pendule au-dessus d'elle. Et lorsque j'arrive pour la sortir de son lit, c'est un grand sourire qui m'attend. Mais je ne comprends pas ce qu'elle me dit. Elle a son langage qui lui est propre, et je suis incapable de le saisir, je n'ai pas trouvé de manuel pour interpréter son dialecte qui est propre aux bébés. Je me souviens au tout début, lorsqu'elle était tout bébé et qu'elle pleurait, je ne savais pas faire la distinction entre les larmes du « Quand est-ce qu'on mange » et les larmes du « Quand est-ce que tu me changes ». Et pour me faciliter la tâche, la nuit, elle rajoutait les larmes du « J'ai fait un cauchemar, venez me réconforter ».
Quand je lui donne à manger, la moue qu'elle fait en recrachant est aléatoire. Parfois, elle me signifie « même toi tu n'en mangerais pas, alors pourquoi tu m'en donnes », d'autres fois, elle m'explique « Papa, ce serait meilleur chaud » ou encore « C'est chaud!!! ».Ce serait tellement simple de le dire, au lieu de faire une grimace, de cracher ou de pleurer. Et pour la digestion, après le biberon, c'était un beau rot sonore, alors que c'est plus simple de me dire « C'était bon, merci Papa chéri ». Et quand je mange de la purée, elle me regarde avec le même air que le chat botté dans Shrek, en poussant des petits piaillements, alors qu'il suffit de demander « Papa, j'en veux ». Par contre, je reste intraitable devant un verre contenant une boisson alcoolisée, si je commence maintenant, où va-t-elle finir... Par contre, c'est vrai, les soirs où elle rechigne à dormir, je devrais y songer...
Quand on joue ensemble, elle émet de petits sons, un peu comme un Mogwaï, mais je ne comprends pas toujours, cela doit être un code, mais je ne le déchiffre pas, je devrais passer commande d’un décodeur chez Canal Satellite ! Quand je pense qu’elle veut un jouet, j’apporte toujours le mauvais, et Marion le rejette au loin. Quand elle veut quelque chose qu’elle voie dans une vitrine, je mets dix minutes à lui trouver le bon truc. Je suis maladroit, je n’ai jamais été très doué pour les langues, mais alors là, c’est le pompon ! Je dois comprendre son regard, entre douceur et insistance, entre surprise et magie, et c’est une partie de son langage. Ses expressions de son visage en disent long sur ses attentes, sur sa force de caractère, sur ses envies, mais j’inverse souvent ce que je devrais comprendre…
Quand elle me montre une direction avec son doigt, je regarde toujours où il ne faut pas, car son doigt pointe un endroit, mais son regard en indique une autre. Mais bon, je suis responsable de cela, je n’ai pas cessé de lui dire Maman, alors elle m’appelait Maman, et ensuite, je lui ai dit que j’étais Papa, pas Maman, alors elle était déstabilisée. J’ai du mal à décrypter les « bouh », « boh », « beuh » qui se ressemblent, j’ai beau lui demander d’articuler quand elle parle, elle est comme moi, elle n’en fait qu’à sa tête ! J’en rigole, mais ce n’est pas évident tous les jours de cerner ses envies, de comprendre ce qu’elle veut, d’interpréter ses désirs, et de répondre à ses attentes, quand elle va bien ou qu’elle va mal, quand elle est fatiguée, quand elle veut jouer avec moi ou seule, quand elle veut sortir un peu ou simplement jouer dans le jardin…
Je sais que je suis loin d’être un Papa parfait, et jamais je ne comprendrais pleinement son langage, il faudra qu’au fil du temps nous trouvions un langage intermédiaire, que je comprenne ses mots à elle, les mouvements de son corps, pieds ou mains, que je suive son regard pour l’interpréter… Mais dans ce langage, il y a un partage entre nous que nul mot, nul geste, nul regard ne peut décrire et expliquer, mais qui est si fort, c’est l’amour entre un Papa et sa fille, l’amour que je porte pour Marion et qu’elle me rend… Ce langage que j’aurais tant aimé partager avec toi, que nous trois parlions notre propre langue… Mais la vie ne l’a pas entendu ainsi, tu es partie trop vite, offrant à Marion son premier mot, sa première émotion, l’amour… Je t’aime, ma chérie, et entre nous, nul besoin de langage, à jamais nos cœurs résonneront de la même musique…
Ton Ptit Caillou
Posté le 03.09.2007 par messageinabottle
Mon être de lumière,
Lumière, tu étais celle de ma vie, tu étais celle qui guidait mon chemin, comme un phare dans ma nuit noire, comme une luciole pour que je voie enfin les rayons du soleil. Lumière, tu me l'apportais chaque jour que nous avons vécu ensemble, par ton sourire angélique, par ta douceur divine. Tu l'étais aussi envers les autres, envers tous ceux que tu connaissais, ta famille, nos amis, et les enfants dont tu t'occupais. Il y en avait un qui avait plus les faveurs que les autres, de par son histoire, de par son passé, de par sa vie d’avant toi, c'était Grégory…
Ce petit bout de chou, qui est devenu un petit homme, a passé la journée avec moi. Edwige m'avait contacté car il voulait me revoir, revoir Marion, et attendre avec moi ton retour... Il est arrivé en me sautant au cou, et il cherchait où je cachais Marion. Malgré sa trisomie, il a l'esprit très vif, c'est un garçon comme les autres pour moi, la seule différence est dans la pureté de l'amour qu'il offre. Marion gazouillait dans son jardin d'enfant, il l'a entendu et s'est précipité vers elle en criant son prénom, ce qui lui a fait lever la tête. Tu aurais vu leur visage radieux à tous les deux, ils étaient contents de se revoir, je lui ai porté Marion pour qu'il puisse lui faire de gros bisous et des câlins. Comme un frère et une soeur...
Nous avons joué dans le jardin, Grégory gambadait à quatre pattes à côté de Marion, et ils partaient en crise de rigolades tous les deux, j'en avais chaud dans le cœur, et tu aurais adoré les voir comme cela. Ils étaient insouciants de ce qui pouvait se passer autour d'eux, ils étaient heureux. Le midi, il était fier de donner à manger à Marion, et elle appréciait de se faire servir, cette coquine de demoiselle. Bien sûr, parfois, la cuillère passait à côté de la bouche et Marion se retrouvait barbouillée, ils en riaient et quand deux enfants rigolent, tu sais qu’il est très difficile de les arrêter, et pendant un quart d’heure, la maison a résonné de leur joie de vivre, elle semblait prendre un peu de couleur, comme si la lumière rentrait à nouveau, comme si tu étais là…
Avant de coucher Marion, nous l’avons changé ensemble, Grégory a fait la mou en voyant ses fesses toutes chocolatées et l’odeur très « agréable » qui émanait de sa couche. Quand il m’a demandé pourquoi je lui mettais une grosse culotte, et pourquoi elle faisait caca dedans et pas dans la cuvette des toilettes, je lui ai expliqué qu’elle était trop petite pour cela, qu’elle ne tenait pas encore sur ses jambes, et que cela viendrait en grandissant, mais qu’il fallait que je sois patient, et que c’est la raison pour laquelle je lui mettais une grosse culotte en dessous de l’autre. Après avoir fini ce qui était devenu une sinécure pour moi, nous lui avons lu une histoire pour l’endormir. Grégory voulait que je lise une des tiennes, « le lapin et le koala », car c’était sa préférée, il la connaissait par cœur, et il la racontait plus que moi au final…
En fin d'après-midi, alors que Marion dormait, Grégory s'assit au fond du jardin et regarda la mer. En m'asseyant à ses côtés, il me demanda dans lequel des bateaux qu'il voyait voguer en mer tu étais. J'ai eu un noeud dans l'estomac au moment de lui répondre que le bateau dans lequel tu naviguais étais trop loin pour qu'on puisse l'apercevoir. Il décida alors de rester assis à t'attendre, à ne pas bouger jusqu'à ce que tu viennes le chercher, car il se sentait responsable de ton départ, il pensait ne pas avoir été assez sage par le passé. J'avais les yeux embués, comment faire comprendre à ce petit ange qu'il n'y était pour rien, que la vie est cruelle, que celle qui avait fait que ses parents le rejetaient était responsable de ton trépas...
Comment lui dire que tu ne reviendrais plus, que toute sa gentillesse n'y suffirait pas, ton aller était sans retour, il ne comprendrait pas, au contraire, il s'affolerait, me traiterait de menteur, me ruerait de coup, et risquerait la fugue. Je l'ai serré contre moi, je me suis mis à pleurer, et je lui ai dit que parfois, les voyages des adultes duraient plus longtemps qu'on ne le voulait, mais que ce n'est pas pour autant qu'on nous oubliait, que tu pensais à nous chaque jour et que bientôt, très bientôt, tu reviendrais, et que tu serrerais Grégory très fort contre toi. Ce mensonge à ce petit homme me tiraillait, et Grégory me serra, sortit un mouchoir pour sécher mes larmes en me disant « Caroline me disait toujours de ne pas pleurer, ce sont les bébés qui pleurent, pas les grands ». Il me fixa de ces grands yeux avec un sourire ensoleillé, et me dit qu’il était temps de rentrer, Edwige allait s’inquiéter. Marion et moi l’avons raccompagné, il nous a serrés très fort dans ses bras, c’était poignant, car il ne voulait plus nous lâcher, mais on se reverra très vite. Sur le chemin du retour, j’ai pleuré, Marion ne le voyait pas, mais c’était un peu comme si Grégory était son frère, et que je l’abandonnais…
Il ne manquait aujourd’hui que la personne la plus importante, celle qui nous avait réuni, toi, mon amour, et je me suis assis sur l’herbe en regardant la mer, en regardant les petits bateaux au loin et en me demandant dans lequel tu étais, et quand tu reviendrais… Ce fut dur de mentir à Grégory, mais jamais je ne voudrais lui faire de mal, c’est un ange au cœur pur, comme toi, mon cœur. Tu me manques, ma chérie, que la vie est difficile sans toi auprès de moi, j’ai tant besoin de toi et de ton amour, je ne suis rien sans toi… Je t’aime, Caroline, à jamais…
Ton Ptit Caillou
Posté le 02.09.2007 par messageinabottle
Mon amour,
Aucune journée ne se passe sans que des larmes perlent sur mon visage, aucun moment où mon esprit ne vogue vers toi et me rappelle à nos souvenirs, et si jamais je venais à avoir une absence, Marion me fait revenir sur Terre. Chaque paysage, chaque pièce de la maison me rappelle à notre passé, à tout ce que nous avons vécu, partagé, tout respire ta présence, et toutes ces images qui virevoltent dans mon esprit. En passant devant la salle de bain, j’ai vu notre baignoire revivre nos instants de délicatesse et se remplir de souvenirs…
Oui, remémores-toi nos bains interminables, nos bains qui débutaient dans la sensualité et qui se terminaient en jeux érotiques et câlins. J’adorais les préparer, j’adorais créer cette ambiance qui était simple, et pourtant qui nous emmenait dans une complicité et un bien-être total. Cela n’avait rien d’exceptionnel et pourtant… Alors que l’eau remplissait la baignoire, je diluais un peu d’essence de lavande dans du lait avant de l’intégrer au bain. Et le contact déclenchait déjà des arômes qui parfumaient la salle de bain. Un soupçon de bain moussant afin de couvrir d’une fine pellicule la surface que le débit de l’eau viendrait grossir en multitudes de bulles de mousse. Une douce chaleur m'enveloppait déjà.
Je remplissais le lavabo au deux tiers d'eau, afin d'y faire flotter plusieurs bougies que j'allumais pour créer une ambiance romantique. J'en plaçais d'autres ici et là, formant une corolle de lumières, donnant un air de mystères et de féeries mélangées, comme dans les réunions secrètes au fond des grottes. Le cadre commençait à ressembler à ce que nous aimions, mais il manquait encore un élément essentiel, de la musique douce, quelques slows savamment choisis que nous adorions écouter et écouter. Une petite ambiance sonore favorisant nos rapprochements et nos massages entre les bulles de mousse. Et le petit nec plus ultra, le petit plus que chaque femme adore, la boisson alcoolisée qui ne fait pas s'arrondir le corps d'une naïade par une consommation abusive, une bouteille de champagne, accompagnée de deux coupes sur un plateau attenant à la baignoire.
Mais un bain en charmante compagnie ne peut s'accomplir sans une délicieuse hôte, et j'attendais ta venue, mon ange. Et lorsque la porte s'ouvrait sur ton joli visage, la magie commençait, la musique débutait, les lumières des bougies dansaient sous le rythme et nos vêtements se retrouvaient sous l'emprise de l'attraction terrestre, alors que nos mains virevoltaient sur le paysage corporel de l'autre. En tenue d'Adam et Eve, nous nous enlacions, et si le bain ne nous tendait les bras, nous aurions pris à coup sûr une autre direction, le satin de ta peau et la virilité du mien nous donnant d'autres envies...
Mais le plongeon de nos corps dans le bain chaleureux calmait nos ardeurs pour un moment, et la douceur de la mousse nous détendait sous ses caresses sur notre peau. Nos tensions disparaissaient, et la coupe de champagne les yeux dans les yeux nous faisait décoller à mille lieues d'ici. La flamme des bougies se reflétait dans nos regards, et les bulles de champagne pétillaient dans nos yeux, nous étions en plein rêve, une béatitude exquise. Une version longue de « The Power of Love » de Frankie goes to Hollywood nous nimbait se sa volupté. Nos jeux de mains se faisaient doux, improvisant de petites fontaines d'eaux sur nos épaules, sur nos bras, sur nos seins, sur nos ventres, entrecoupés de baisers très sensuels faisant grimper la température de l'eau qui n'en avait nul besoin.
Nous reposions nos coupes et tu venais te blottir contre moi, nos deux corps se jumelant. Je te massais les épaules et la nuque, alors que tes mains parcouraient mes jambes, des mollets au haut de mes cuisses. Et nous restions là plusieurs minutes sans mot dire, sous l'allégresse de ces échanges de caresses et de tendresses. Parfois, mes mains descendaient sur les courbes de ta gorge, et un petit gémissement me demandait de descendre un peu plus pour caresser les sommets de tes monts de Vénus. Alors, délicatement, mes index jouaient avec tes petits bouts, faisant vibrer ta douce poitrine, faisant trembler le reste de ton anatomie, alors que tes mains se faisaient plus pressantes, plus insistantes à la recherche de mon pic du midi. La musique continuait à jouer ses mélodies langoureuses, les bougies à dessiner des ombres suspectes sur nos deux corps en mouvement, et la mousse dégoulinait sournoisement vers nos deux sources de paradis...
Nous étions bien, nous profitions de ces moments sans compter, parfois plus de deux heures entre volupté et sensualité, entre repos et osmose totale, entre deux êtres au départ ne faisant plus qu'un au final après la fusion de leur corps... Et cette image s'estompe, alors que j'entends Marion se réveiller de sa sieste, tous ces souvenirs qui passent et tous ces instants qui ne repasseront jamais, toute cette complicité que nous avons perdue, mais qui est à jamais au fond de nos coeurs et de nos esprits. J'ai des frissons, tu dois ressentir la même chose que moi là-haut, et l'amour que nous avons l'un pour l'autre brûlera à jamais, ne pourra jamais se consumer comme une bougie ou exploser comme une bulle de savon. Je t'aime, ma jolie sirène, je t'aime et tu me manques tellement, mes bains n'ont plus la même saveur sans toi...
Ton Ptit Caillou
Posté le 01.09.2007 par messageinabottle
Ma chérie,
Là-haut... Là-haut, tu es, là-haut, tu vis, au-dessus de nous, loin de nous, si loin de Marion et moi... J'aimerais te rejoindre, mais je ne le peux, je n'en ai pas les moyens, je ne peux laisser Marion seul, je ne peux l'emmener avec moi pour un voyage dont on ne revient pas, je ne sais même pas ce qui nous attendrait en chemin, entre le vide sidéral, le froid spatial, les petits hommes verts... Où es-tu, mon coeur, où t'es-tu réfugiée, quelle direction dois-je prendre pour venir te quérir et te rendre à notre fille? Tu n'es pas morte, ce n'est pas possible, tu es en escale quelque part, je trouverais où, je viendrais te libérer, je...
J'ai si mal au fond de moi, comment pourrais-je ne plus souffrir, comment estomper ce que j'ai au fond de moi, ce magma de lave qui me consume au fil du temps. Je voudrais aller là-haut, embarquer à bord d'une fusée et venir te voir. Je ferme les yeux, et je la vois, majestueuse, flamboyante sur son pas de tir, à Kennedy Space Center. Je me rappelle alors la visite du site que nous avions faite avec Christian, mais surtout ce lancement de fusée. Nous étions sur la plage de Cocoa Beach, la nuit venait de recouvrir le paysage, et les gens commençaient à arriver par grappe pour s'allonger sur la plage, en direction du pas de tir, et se laisser bercer au rythme des vagues. Au loin, tout était sombre, mais au bout de la lagune, une lumière intense, l'éclairage de la fusée, répondant à la luminosité de l'astre lunaire semblant se moquer de cette petite tige qu'on pointait vers elle.
Nous approchions de l'heure fatidique, et nous sentions le silence envelopper l'horizon. Tout à coup, une épaisse fumée blanchâtre apparut à la base de la fusée, suivi d'un bruit assourdissant. Une lumière intense s'échappa des turbines afin de donner à l'oiseau de fer l'impulsion nécessaire pour s'arracher à l'attraction terrestre, un bruit de tonnerre retentissait alors que l'engin s'envolait enfin, sous les applaudissements des gens amassés sur la plage. La fusée prenait son essor et s'éloignait de sa Terre natale, suivi par un pont de lumière blanche intense issu des turbines. La courbe formée par l'engin rappelait celle d'un arc-en-ciel, le bruit s'amplifiait, c'était féerique, comme un rêve d'enfant, j'étais ému, je n'aurais jamais imaginé avoir la chance d'assister à pareil spectacle.
Une intense lumière, suivie d'une explosion, se produisit dans le ciel, alors que la fusée n'était plus qu'un petit point dans le ciel, une étoile supplémentaire, mais plus grosse que toutes celles que l'on a l'habitude d'observer. Tout le monde pensait à la séparation du premier étage, on continuait à voir progresser une partie de la fusée. Mais il n'en était rien, nous venions d'assister à un feu d'artifice de cinq cents millions de dollars, alors que les ingénieurs navigants avaient fait exploser l'engin qui déviait de sa trajectoire préalablement établie. Les morceaux retombèrent dans la mer au loin, en éclairs flamboyants au moment du contact avec le liquide. Nous avions rêvé, nous étions sur notre petit nuage, nous flottions là-haut, au-dessus de la mer, poursuivant notre ascension à côté de l'engin spatial...
Embarquer dans un de ces modules pour aller te quérir, mon amour, pour te rendre à notre enfant. Subir des heures et des heures d'entraînements à Kennedy Space Center dans la centrifugeuse à recracher mes tripes, apprendre à évoluer en apesanteur au fond d'une piscine dans un harnachement digne de 2001 l'Odyssée de l'Espace, devenir un spationaute pour remplir une mission que nul autre que moi ne pourrait accomplir, et enfin, après des mois d'entraînements extrêmes, être prêt pour quitter la Terre et gagner les étoiles à bord d'une navette spatiale. Ressentir la pression du décollage, me sentir rivé au siège, puis une sensation de légèreté, et je serais enfin là...
Et sortir dans l'espace, te tendre la main, et tous les deux, voler en regardant notre belle planète bleue, en admirant la beauté de la Terre que l'homme cherche à détruire, te serrer contre moi, et te dire « Je t'aime, mon amour », les yeux dans les yeux, ... Nous regagnerions le sol, et Marion serait là, à nous tendre les bras, à te tendre les bras, en criant « Maman », et nous mêlerions nos larmes, j'aurais enfin réussi l'impossible, te ramener près de nous, notre amour plus fort que la mort...
Mais en levant la tête, je sais que cela ne sera, que le vaisseau qui me conduira à toi, au-delà des voiles de la mort, n'est pas encore construit, l'idée n'a même pas germé dans l'esprit des ingénieurs, et je suis seul avec Marion à la serrer contre moi, et à te dire combien tu nous manques, combien nous t'aimons, combien la vie sans toi n'est pas une vie...
Je t'aime, ma pierre précieuse, et je donnerais tout pour être encore ton écrin de douceur, pour te couvrir de baisers, de bisous, de bises, de becs, de poutous, ... Tu me manques...
Ton Ptit Caillou
Posté le 31.08.2007 par messageinabottle
Ma rose pourpre,
La monotonie de ma vie actuelle te surprendrait, je n’ai plus le cœur à rien, tu me manques tellement, ma Caroline. Oui, ce prénom que tes parents t’avaient offert à la naissance, et qui t’allait à ravir. C’était comme un sourire pour moi de le dire, de l’énoncer, de l’épeler. Aujourd’hui, je ne peux que l’écrire, je ne peux que le crier, je ne peux que dire à Marion que c’était le prénom de sa maman, mais je ne peux plus te le dire en face, te voir sourire à son évocation, voir la tendresse amoureuse dans ton regard alors que je t’appelais ainsi, il ne me reste plus que les souvenirs…
Quel doux prénom que j'aimais prononcer, quel plaisir que de l'écrire sur mes petits mots du matin, sur mes petites cartes d'anniversaire, de voeux, de fête, ou sur les étiquettes des paquets de Noël. Caroline, le plus prénom de la Terre, mais que je ne dirais plus, ou pas de la même manière. Oui, je pourrais rencontrer des femmes se prénommant Caroline, mais elles ne seront pas « ma » Caroline, toi, mon ange qui me manque tant depuis tout ce temps, je ne compte plus les jours, je me souviens juste de cette date implacable où ma vie s'est arrêtée comme un fracas de train s'écrasant sur un mur...
Oui, Caroline, ce doux prénom rimant avec tant de souvenirs. Câline, tu l'étais, du matin au soir, et du soir au matin, tendre dans ton comportement, affectueuse dans ta manière de l'être, gourmande dans tes envies de plaisirs... Coquine, dans tes instants puérils, voire chipie quand tu voulais me faire fondre avec ta petite voix fluette et ta moue à laquelle je ne pouvais rien refuser, même pas un caprice... Divine dans ta manière de me rendre Dieu, de nous faire évoluer à une altitude jamais atteinte dans un amour humain, afin de créer notre propre Paradis avec nos petits angelots virevoltants autour de nous, leurs auréoles leur servant de cerceaux en concours de lancer...
Marine comme cette odeur que tu aimais tant, nappée d'embruns apportés par les ailes de Zéphyr, qui te faisait voyager au-delà des mers et d'où tu me ramenais moult histoires de découvertes et de coutumes locales... Radine, tu ne l’étais jamais, toute la générosité qui était la tienne, tous les instants de ta vie que tu as voulu me faire partager, me faire découvrir, pour en construire de nouveau à deux, puis à trois, la volonté de poursuivre notre série numérique… Mutine, tu l’étais toujours lorsque tu voulais quelque chose que je me refusais à faire ou à acheter, et avec ton regard comme celui du chat botté de Shrek, je ne pouvais que fondre et m’exécuter à accomplir tes désirs… Latine, tu le devenais dans nos danses endiablées, après un succulent repas italien que tu préparais de tes douces mains et qui nous emmenait au-delà des Alpes, sous les complaintes d’Eros Ramazzotti…
Gamine, tu le redevenais devant un bon dessin animé de tonton Walt, en te blottissant contre moi, le paquet de pop corn devant nous, et en reprenant à tue-tête les différents hymnes des personnages attachants… Copine, tu l’étais avec tout le monde, personne ne pouvait te détester tant tu étais bonne et généreuse envers autrui, à l’écoute des uns, à la disposition des autres, et proche de tous… Fine, tu le devenais quand il s’agissait de partir à la chasse au trésor que j’organisais en cachant mes petits messages le matin à travers ton appartement, puis le pavillon, une vraie Sherlock Holmes en talon aiguille… Ballerine, quand tu singeais les petits rats de l’opéra entre deux séances de danses country pour te relaxer et délirer en te moquant de mes premiers pas dans la discipline… Oui, discipline, tu l’avais, cela t’étais nécessaire dans ton travail de tous les jours afin de te faire respecter, qu’on ne te marche pas sur les pieds, pour ne pas aller outre la tendresse que tu apportais aux chérubins en détresse…
Mais aujourd’hui, la valse de ces souvenirs a pris fin, aucun autre ne pourra se rajouter à ceux-là. Je dois vivre avec eux, et les faire survivre au travers de Marion, en lui parlant de sa Maman, en lui montrant qu’elle fait toujours partie de notre vie, et même si Marion n’a que neuf mois, elle comprend mieux qu’un adulte, elle aime regarder les photos de toi qui décorent la maison, elle me les montre du doigt en me disant « Maman », elle est si belle, comme toi, une miniature de ce que tu étais… Je voudrais tant créer d’autres souvenirs avec toi, que tu sois à côté de moi, claquer des doigts, ouvrir les yeux et que tu sois devant moi à me sourire, à me regarder de ton regard de biche… Mais jamais ce rêve ne prendra forme, les portes de la mort ne te relâcheront jamais, jamais je ne serais heureux comme je l’étais avec toi, plus jamais cela…
Je t’aime, ma Caroline, je t’aime, je t’aime, je t’aime…
Ton Ptit Caillou
Posté le 30.08.2007 par messageinabottle
Ma raison de vivre,
Oui, tu es ma raison de vivre, tu le sais et tu l’as toujours su, sans toi je n’aurais rien été, sans toi, je ne serais pas devenu ce que je suis aujourd’hui, sans toi, je serais resté dans mon cocon sans éclore à la vie, sans m’ouvrir pour prendre mon envol, sans toi, je serais resté un enfant prostré sur lui-même à se demander pourquoi… Oui, je te dois tout ce que je suis aujourd’hui, tu m’as tout offert, jusqu’à ta vie, en donnant naissance au fruit de notre amour, Marion. Et je suis seul aujourd’hui, comme chaque jour, face à la mer, à continuer de cultiver notre amour, à perpétrer nos envies et à élever Marion comme je le peux… Mais, si c’était moi qui étais mort…
Oui, si, le jour de la naissance de Marion, tu avais survécu, et au contraire, si c’était moi qui avait été victime d’un accident de la circulation en me rendant à la maternité… Oui, si je t’avais abandonné ce jour-là, emporté par la faucheuse le plus beau jour de ma vie, avant même d’avoir pu voir Marion, que nous avions chéri pendant neuf mois, dont nous avions vu l’évolution à travers les échographies, qui s’amusait à me donner des coups de pieds la nuit alors que tu te blottissais contre moi… Oui, si un chauffard enivré par les vapeurs d’alcool avait sectionné le fil de ma vie, qu’aurais-tu fait toi…
Oui, je me demande souvent comment tu aurais supporté ce calvaire, ce que tu aurais fait, tes réactions, tout quoi… Notre amour était si fort, après m’avoir invectivé de ne pas être arrivé à l’heure pour la naissance de notre enfant, comment aurais-tu pris l’annonce de mon départ prématuré ? Comme moi, je pense que tu aurais vidé ton corps de toute son eau, et même plus. Serais-tu venu pour me présenter Marion, malgré la déchirure de me voir là, si proche et pourtant si loin de toi, si paisible dans mon costume, et pourtant si détruit, ou serais-tu venue seule, pour te lover une dernière fois contre moi, même si mon corps avait été broyé par l’impact du choc ?
Mes dernières volontés, contrairement à toi, je ne les ai jamais écrites, qu’aurais-tu choisi, une petite concession proche de chez nous ou une crémation pour conserver avec toi le reste de mes cendres auprès de toi ? Notre amour était si fort, aurais-tu eu le courage de tenir et de t’occuper de Marion, en étant plus forte que je ne l’ai été ? Aurais-tu conservé toutes mes affaires, tout notre passé, comme dans un musée du souvenir comme j’ai pu le faire, même si pour moi, c’est simplement le fait que tu fasses toujours parti de notre vie et que tu es toujours auprès de nous ? Aurais-tu eu le courage de tourner la page du passé pour te faire un présent et peut-être te forger un futur ? Et si un homme avait essayé de rentrer dans ta vie, l’aurais-tu accepté, m’aurait-il remplacé ou notre amour aurait été le plus fort ? Bien sûr, je n’ai toujours voulu que ton bonheur, et si pour que tu sois heureuse, il avait fallu que je te quitte, c’est la mort dans l’âme que je l’aurais fait, mais je l’aurais fait, par amour pour toi…
Tu aimais ce film, « Une bouteille à la mer », m’aurais-tu écrit pour me parler de ta vie, me compter tes journées sans moi, me faire découvrir Marion au fil de ta plume ? Ou aurais-tu craqué à vouloir plonger du haut de la falaise que je surplombe pour me rejoindre dans l’oubli, pour poursuivre notre amour dans l’étape suivante, celle de la mort ou de la réincarnation, je ne sais… Oui, que se serait-il passé si les rôles avaient été inversés, aurais-tu eu la force d’élever Marion seule, ne lui en aurais-tu pas voulu d’être né à ce moment-là et pas plus tard, ce qui m’aurait évité de croiser cet éventuel chauffard aviné ? Et aurais-tu pu pardonner à cet homme, qui bien sûr, s’en serait sorti sans égratignure, le regarder droit dans les yeux et lui demander « pourquoi » ?
Aurais-tu appris à Marion qui était son vrai père ou le fil du temps et les ravages du passé aurait-il eu raison de l’amour que tu portais pour moi ? Honnêtement, je ne le crois même pas, jamais je ne l’ai envisagé, nous nous aimions tant, notre amour était si fort, si pur, si intense, tu aurais probablement suivi le même chemin que le mien, la seule différence aurait été l’amour maternel apporté à Marion, le sein offert aux premiers jours pour la sustenter, la douceur que tu avais au font de toi à la place de la maladresse dont j’ai fait preuve au début.
Oui, si j’étais parti avant toi, comme tu le fais pour nous, j’aurais veillé sur vous, j’aurais gommé les obstacles qui pouvaient se mettre en travers de votre chemin, j’aurais été votre ange gardien, j’aurais été là à chaque instant de la vie, pour te rappeler que tu n’étais pas seule, que notre amour perdurerait au-delà des frontières de la mort…
Mais c’est toi qui est parti ce jour-là, me laissant seul face à mon destin, mais jamais je ne te trahirais, jamais je ne t’oublierais, jamais tu ne sortiras de ma vie, et lorsque je quitterais cette Terre, ce sera pour demander à Saint-Pierre le chemin qui me mènera à toi qui m’attends là-haut. Je t’aime, Caroline, je ne peux me lasser de te l’écrire, et je te le prouverais encore et encore, pour te montrer que nous n’avions pas fait le mauvais choix en nous choisissant, et … Tu me manques tant, chérie, c’est dur tous les jours de t’écrire et de ne pouvoir te lire, même si tu viens agrémenter mes rêves de tes messages subliminaux…
Je t’aime à jamais, mon cœur, « until the end of time »…
Ton Ptit Caillou
Posté le 29.08.2007 par messageinabottle
Ma douceur de mes rêves,
Encore un jour où ton absence me pèse, où je voudrais me blottir contre toi, te serrer pour ne plus te lâcher, et couvrir ton corps de baisers, de poutous, de bises, de mamours, et autres bécots tous plus doux et délicats, plus tendres et sensuels que les autres. J’aimerais que le matin, tu sois la première à voir Marion, à l’embrasser, à la prendre dans tes bras, à jouer avec, à la câliner, et à lui parler, être sa Maman dont elle a tant besoin… Mais toutes ces pensées, mes envies, jamais ne se réaliseront, ce bonheur si simple d’une famille réunie, jamais je ne le vivrais…
Et pour m’aider à la morosité, un martèlement continu nous entoure, accentuant la grisaille du jour, comme si la nature perdait ses couleurs, comme si la pluie perpétuelle effaçait les couleurs dont le paysage s’était vêtu. Marion ne comprend pas pourquoi elle ne peut sortir dans le jardin, pouvoir profiter de cet espace supplémentaire plutôt que de rester cloîtrer à l’intérieur. La lancinante musique de la pluie continue de résonner sur les carreaux... Tantôt forte, battant la mesure d'un requiem de Beethoven, ou de l'apprenti sorcière de Dukas, lorsque les vents et les torrents d'eau s'abattaient sur le sol, tantôt légère, comme un menuet, sous le chant d'un rossignol faisant sa cour à sa belle. Marion regarde les éléments qui pleurent ton départ, essaie de toucher cette eau venue du ciel, mais se heurte à la vitre sans comprendre pourquoi sa main est stoppée dans son élan. Elle se retourne vers moi en poussant son « euh » symptomatique de ses interrogations sur les mystères de la vie. Et je hausse les épaules, en lui expliquant que je ne comprends pas non plus, que moi non plus je ne peux traverser cet obstacle invisible pour tremper ma main.
Le rideau de pluie se dresse devant la fenêtre, les cordelettes accentuées par la gouttière débordante d'eau, ne pouvant plus accepter le débit déversé par les nuées. Mais le spectacle du soleil se fait attendre, le rideau ne se lève pas, bien au contraire, il s'intensifie, il s'opacifie. C'est un peu la féerie des eaux, mais nulle couleur pour iriser cette fontaine, nul changement de débit pour affiner ou grossir les cordelettes, nulle variation pour donner un mouvement à cette ondine, juste un coup de vent furtif s'amusant à dépeindre une toile abstraite sur les vitres. Les petits bruits attirent Marion qui est intriguée par les sons qu’elle ne comprend pas, et les dessins imaginés par le vent sur les fenêtres la fascine. Elle les regarde avec insistance, ne décollant pas son regard, juste pour m’appeler pour me montrer la beauté de la nature…
Depuis Avril, je ne compte plus les jours de pluie, tout y est passé, la tempête, les ondées, les averses, les rincées, la grêle et tout ce que le ciel peut nous envoyer comme eau. J’aurais dû creuser un trou pour faire une piscine, elle serait déjà remplie. Comme si le ciel ne pardonnait pas à la Terre de t’avoir pris, elle lui fait payer cela en la noyant, en la gorgeant d’eau, pour également la laver de tous ses péchés. Le paysage se pare de nouveaux habits, en hiver, c’est un manteau de neige immaculé, en automne, c’est une pèlerine de feuilles aux multiples couleurs, au printemps, c’est une nappe de fleurs aux odeurs enivrantes, et cet été, ce sont des voiles d’eau qui recouvre tout. Je vais finir par cultiver du riz dans le jardin, avec un élevage d’escargots à côté, Marion serait heureuse de faire la course avec les petits gastéropodes…
La colère du nuage semble s'estomper, il a fini de faire comprendre ce qu'il avait à dire et d'énoncer ses doléances. Les clapotis délicats résonnent sur la flaque devant la fenêtre en une musique monocorde symbolisant la fin de la pluie et le début du changement. Un coin de ciel bleu commence à poindre à l’horizon, et un escalier céleste prend naissance devant nos yeux. Je montre à Marion l’arc-en-ciel qui se dresse, en déployant toutes ses couleurs devant le regard émerveillé de notre puce. Un rayon de soleil se reflète sur la flaque en un éclat d'or, car la présence astrale est aussi rare et chère que l'or ces jours-ci. Une gouttelette d'eau tombée sur un brin d'herbe poursuit sa route en glissant le long de la courbe du brin pour rejoindre ses petites soeurs qui l'ont précédée. La pluie a cessé, les larmes des nuages sont taries pour un moment.
Les miennes, elles, sont toujours là, je les cache à l’extérieur, mais elles ont trouvé un chemin en moi et leur flot est bien loin de se tarir. Mais je dois me montrer fort devant Marion, et ne pas rajouter à ce flot aquatique ma contribution. Mais j’ai mal au plus profond de mon être, je suis si fragile sans toi, je ne suis qu’un pantin désarticulé qui a perdu les fils de sa vie. Tu me manques tellement, je suis perdu sans toi, et même si Marion en s’en aperçoit pas, elle l’est également. Que vais-je devenir sans toi… Je t’aime, ma pierre précieuse…
Ton Ptit Caillou
Posté le 28.08.2007 par messageinabottle
Ma douce libellule,
J'ai mal dormi cette nuit, bercé par les cauchemars qui se sont emparés de mon esprit, ceinturant les rêves que je devrais faire. Marion a également été pris par ces malfaisants, je l'ai entendu nous appeler dans son sommeil, et lorsque je me suis levé pour la rejoindre, elle avait retrouvé les bras protecteurs de Morphée, son sommeil était paisible, sa tétine dodelinant au rythme de ses succions. Tu avais dû me précéder à son chevet, pour l'embrasser tendrement sur le front, et, d'un de tes souffles magiques, chasser ce qui avait déclenché ses frayeurs...
J'ai regagné le lit et je me suis assoupi comme une masse. Je ne me souviens pas ce dont j'ai rêvé ou cauchemardé à ce moment-là, mais un bruit m'a sorti de mon sommeil immédiatement. « C'est toi, Caroline? », me suis-je exclamé en me relevant aussi sec, avant de réagir que ce n'était qu'un rêve, que tu n'étais pas là, que le bruit venait de dehors, le vent jouant dans les feuilles. Ce bruit étrange avait réveillé un moi un souvenir burlesque nocturne, tu te rappelles cette fois où tu as chu?
Dans nos premières semaines, alors que nous ne vivions pas encore ensemble réellement, mais que nous cohabitions tous les jours, mes réveils matinaux pour aller au travail m'obligeaient à me coucher avant toi le soir, car tu avais la chance de pouvoir rester un peu plus tard sous la couette, alors que je devais affronter la fraîcheur matinale et les embouteillages du matin. Tu veillais donc à ce que mes nuits soient douces, lorsque tu te couchais plus tard que moi, tu glissais dans le lit comme une anguille, te faufilant sous les draps sans me réveiller et tu venais te blottir contre moi, ce que j'adorais même pendant mon sommeil. Une nuit, je fus réveiller par un gros bruit, comme cette nuit, je me suis redressé, et je t'ai appelé, et tu rigolais, j'ai trouvé l'interrupteur et j'ai allumé, et je t'ai vu, écroulé de rire, par terre, le tableau de ta salle de bain dessus!
Pour ne pas me réveiller, tu n'avais pas allumé la lumière alors qu'une envie nocturne avait titillé ton bas ventre et t'avait sorti de ton sommeil. Comme un petit rat, à tout petit pas, tu t'étais dirigée à la lumière de la lune à travers l'un de tes velux vers ta petite salle de bain. Et tu n'avais allumé de lumière arrivée à destination, puisque ta salle de bain n'avait pas de porte pour la séparer du reste de ta mezzanine. Tu avais grimpé les deux petites marches qui te menaient à ton lieu de visite nocturne, et le soulagement de ta vessie te fit oublier toute prudence, toute mémoire, notamment le fait que d'avoir grimper deux marches nécessitait forcément d'en redescendre deux...
Et cette interruption de prudence t'entraîna dans sa chute, alors que tu faisais un pas en avant et que ton pied ne rencontrait que le vide, ce qui te fit basculer en avant avec pour réflexe d'essayer de t'accrocher à ce que tu pouvais trouver pour éviter ce que tu savais être inévitable. Et ta main s'accrocha à ton tableau, mais une petite pointe enfoncée dans le mur n'était rien comparée à ton petit poids additionné à ton mouvement de chute, et le résultat n'en fut que plus bruyant. Et les bruits multiples de chutes me réveillèrent instantanément, et ton rire nerveux qui suivit finit de déchirer le voile de silence de la nuit.
Lorsque ma main rencontra l'interrupteur pour que la lumière puisse se faire sur ta pseudo tentative de me réveiller de manière brutale - si, avec le temps, je suis certain que c'était une tentative désespérée de ma faire lâcher les bras de Morphée -, je te vis assise sur la première marche, le coude dans la cuvette des toilettes, la toile du tableau déchiré sur ta tête, et en pleine crise de fou rire. La scène, somme toute burlesque, déclencha en moi un besoin de t'accompagner dans ton rire, et tu me reprochais de me moquer de toi, de profiter de ta faiblesse passagère pour en faire ma force, de rester là à me moquer de toi au lieu de venir t'aider à te relever, moi qui étais responsable, selon tes dires, d'une tentative de me débarrasser de toi afin de profiter de ton appartement pour moi tout seul! Je n'arrivais plus à endiguer mes rires, j'en pleurais, toi aussi, et tu continuais de pester après moi de ne toujours pas bouger, alors que tant bien que mal, tu essayais de te dépêtrer de la toile qui t'avait recouvert un en foulard...
Je suis enfin venu t'aider à te relever, tu me tapais de ne pas être intervenu plus tôt; mais tu continuais d'en rire, surtout en regardant la tête de ton tableau qui n'en était plus un, te frottant les fesses, rouges sous la rencontre un peu abrupte du sol. Nous rigolions dans les bras l'un de l'autre de voir combien ta bienveillance nocturne avait coûté chère à ton joli postérieur, et que désormais, finies les nuits paisibles pour moi, si tu avais à te lever, ce serait avec lumières et bruits de casseroles pour réveiller les morts...
On a continué à rire un bon moment avant de retrouver une quiétude pour replonger dans le sommeil. Et nous nous sommes endormis le sourire aux lèvres, l'un contre l'autre, la lumière allumée dans ta salle de bain, le tableau adossé piteusement au mur... Y repenser me fait sourire, mais cette nuit, j'aurais voulu le revivre, j'aurais voulu te revoir et éclater de rire avec toi, que Marion se joigne à nous. Mais tu n'es plus là, tu n'es plus auprès de nous, tu ne vivras plus avec nous pour nous faire partager toutes tes bêtises, toute ta tendresse, tout ton amour, toute ta délicatesse nocturne... Ma chérie, chaque jour est plus dur que le précédent, mais je dois tenir, pour Marion, et surtout pour toi, pour la promesse que je t'avais faite... Je t'aime, Caroline, et ce jusqu'au bout de ma vie...
Ton Ptit Caillou